Quelle épicerie fine en 2023 ?

Article mis en ligne par · 1 juin 2018 ·

À l’occasion de son cinquième anniversaire, Le Monde de l’Épicerie Fine a choisi de se projeter dans cinq ans pour tenter de définir les contours de ce marché en pleine évolution et plus que jamais porteur. Où trouvera-t-on les produits gourmets en 2023 ? À quoi ressembleront les épiceries fines de demain ? Quelles seront les valeurs portées par l’ensemble de la filière ? En conjuguant enquête qualitative et quantitative, nous sommes parvenus à un résultat qui, au regard de ce que nous avions pressenti, nous semble à la fois cohérent et encourageant.

UNE ENQUÊTE EXCLUSIVE

RÉALISATION – LE MONDE DE L’ÉPICERIE FINE

Cette étude réalisée par la rédaction du Monde de l’Épicerie Fine repose sur deux sources d’analyse : une enquête quantitative réalisée à partir d’un questionnaire envoyé du 27 avril au 7 mai 2018 auprès d’un échantillon représentatif de la population des producteurs d’épicerie fine et une série d’interviews de professionnels reconnus du secteur : commerçants, distributeurs, journalistes spécialisés, restaurateurs, responsables de sites dédiés et cadres dirigeants.

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ANALYSE – GIRA CONSEIL

Le Monde de l’Épicerie Fine s’est rapproché du bureau d’étude Gira Conseil dont les travaux sur la consommation alimentaire hors domicile sont cités en référence depuis 25 ans par les médias français et les médias étrangers. Évolution des marché, croissance, nouveaux concepts font partie des éléments analysés au quotidien par l’équipe animée par Bernard Boutboul, directeur de Gira Conseil. Nous le remercions pour la qualité de son analyse qui est à découvrir à la fin de cette enquête.

Le premier volet de notre étude nous a conduit à sonder les producteurs du secteur gourmet sur sept questions phares qui permettraient de comprendre où en est l’épicerie fine aujourd’hui, en termes de typologie de points de vente et en termes d’offres (positionnement). Nous les avons ensuite interrogés sur ce qu’ils pressentaient comme évolution dans un avenir proche, c’est-à-dire cinq ans. Voici les résultats de ce sondage et nos commentaires. À suivre ensuite avec le compte rendu de notre étude qualitative réalisée auprès de professionnels du secteur (distributeurs, observateurs, commerçants…).

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Selon vous, quelle est l’évolution la plus significative qui a marqué les points de vente en épicerie fine (épiceries fines, commerces de bouche, sites Internet dédiés) au cours de ces cinq dernières années ?

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L’ÉPICERIE FINE S’ÉMANCIPE ET SE MIXTE

Mieux placés que personne pour savoir où se vendent aujourd’hui les produits d’épicerie fine, les producteurs du secteur répondent à 95 % que l’évolution la plus marquante de ces cinq dernières années est l’émergence de commerces mixtes (épicerie + restauration) : une tendance confirmée par notre panel d’experts. Ils soulignent également (90 %) la multiplication des canaux de distribution, avec en tête la présence de

produits gourmets dans des magasins non spécialisés… Autrement dit des lieux de vente où l’on ne les trouvait pas avant, du type jardinerie, boutique déco… Et c’est un fait, le succès de l’épicerie fine – notamment en version alimentation cadeau (de bons contenus dans de jolis packagings) – a fait que ces produits ont trouvé leur place ailleurs que dans les épiceries fines traditionnelles et les commerces alimentaires.

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Quels sont les concepts qui remportent actuellement le plus de succès auprès des clients gourmets ?

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LES COMMERCES DE PROXIMITÉ GARDENT LA MAIN

96 % des personnes interrogées sont unanimes pour considérer que ce sont les commerces spécialisés (épiceries fines, cavistes, torréfacteurs) qui conservent la préférence des amateurs de produits gourmets. Il faut voir dans cette réponse l’importance de la sélection (sérieux, choix, produits rares), mais aussi le besoin de conseils et d’échanges autour d’un univers qui reste marqué par la passion. Si l’on ajoute à ce résultat les commerces de bouche (80 %) : on peut en conclure que le commerce de proximité reste le lieu de prédilection des gourmets. Ensuite arrivent les sites Internet de vente groupée qui avec 64 %, font une percée significative sur le secteur.

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Comment va évoluer l’offre en épicerie fine ces cinq prochaines années ?

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LE BIO DEVIENT INCONTOURNABLE

Ce n’est pas une surprise, mais les gourmets comme les autres consommateurs, ont besoin d’être rassurés sur leur alimentation. Ce qui fait penser aux producteurs interrogés à 92 % que le bio va s’imposer de plus en plus en épicerie fine, comme les produits bons pour la santé (87 % des sondés).

On note une percée du vrac qui pour 79 % des personnes interrogées devrait trouver une place en épicerie fine dans les cinq années à venir. Un point de vue relativisé par notre panel d’experts… C’est donc une tendance à suivre !

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Aujourd’hui, l’offre de produits d’épicerie fine n’est plus l’exclusivité du commerçant spécialiste, elle emprunte de nouveaux canaux de distribution. Pour vous, dans quels autres canaux de distribution trouvera-t-on le plus certainement de l’épicerie fine à l’avenir ?

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LES COMMERCES NON SÉPCIALISÉS VONT PRENDRE DES PARTS DE MARCHÉ 

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65 % des personnes interrogées pensent que les commerces spécialisés ont des chances de développer demain une offre en épicerie fine et prendre ainsi des parts de marché. Un circuit de distribution suivi de près (63,3 %) par les sites Internet et applications, et par l’ensemble des métiers de bouche (60 %). Si l’on considère qu’en s’ouvrant aux produits frais les épiceries fines se rapprochent de plus en plus des métiers de bouche traditionnels (bouchers, charcutiers, boulangers, pâtissiers, poissonniers, primeurs…), on peut en déduire que le commerce de proximité a encore une belle carte à jouer.

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En prenant en compte l’évolution que vous ressentez, envisagez-vous de faire évoluer votre propre offre produits vers des produits…

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TOUJOURS PLUS DE BIO ET UNE MONTÉE EN GAMME

Les sondés sont logiques avec eux-mêmes puisque pour répondre à la demande qu’ils pressentent, ils sont 76 % à déclarer vouloir proposer demain plus de références en bio. Du bio et du bon, puisque à 82 % ils parlent également d’une montée en gamme de leur production (plus de qualité, de rareté). Dans la mouvance du bio, les produits labellisés (équitables, responsables…) sont également au coeur des intentions. Une prise de conscience qui devrait profiter aux amateurs de produits gourmets !

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L’avènement de l’épicerie fine plurielle (que l’on retrouve dans plus en plus de points de distribution non dédiés) va-t-elle faire évoluer votre propre marque ?

L’AVÈNEMENT DES ÉDITIONS LIMITÉES

Les producteurs sont réactifs ; pour s’adapter aux envies de plus en plus pointues de la clientèle du secteur gourmet, ils envisagent à 53,3 % de jouer davantage la carte de l’événementiel (recettes de saison, liées à un événement…) et des éditions limitées (récolte, pêche saisonnière, ingrédient rare…). Ils sont aussi logiques et, considérant la prise de parts de marché par des canaux de distribution non spécialisés, ils envisagent également à 46,7 % de produire en MDD (marque de distributeur). Enfin, surfant sur la tendance (ce qui n’est pas incompatible avec les éditions limitées), ils sont 40 % à penser se lancer dans des coproductions avec des acteurs du secteur gourmet : grands chefs ou autres producteurs de renom.

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Pour vous, quelles sont les trois valeurs qui vont marquer davantage le secteur de l’épicerie fine dans les cinq prochaines années ? 

TOUJOURS PLUS DE TRANSPARENCE

Plus attentifs aux informations contenues sur les étiquettes, les consommateurs sont entendus par les producteurs d’épicerie fine. Ils sont 82 % à considérer que la transparence (composition, traçabilité) du produit sera la valeur dominante d’ici cinq ans. Elle fait déjà partie des préoccupations mais il faut s’attendre à moins de tolérance de la part des consommateurs sur le sujet. L’autre caractéristique du marché à la hausse (74 %) : le besoin de valorisation des circuits courts comme des petits producteurs. Il ne suffira plus de dire qu’il y a x % de porc dans une terrine, mais donner le nom de l’éleveur. Enfin, et ce n’est pas contradictoire, la nécessité d’une alimentation saine fait partie pour 62 % des personnes interrogées des valeurs montantes.

Notre commentaire //

Connaisseurs du marché qu’ils alimentent, les producteurs d’épicerie fine savent naturellement de quoi ils parlent. Ce qu’ils pressentent en tout cas est rassurant. Clairement, ils s’engagent à suivre le mouvement en jouant la carte de la réassurance (plus de bio, plus de produits labellisés, plus de transparence), mais ils ne renoncent pas non plus au côté festif de l’épicerie fine en se préparant à jouer la carte de l’événementiel, des coproductions et des éditions limitées.

Tout ceci dessine un bel avenir pour le secteur gourmet dont la montée en gamme se poursuit inexorablement et va, mine de rien, à la rencontre des préoccupations des millennials. Une génération de consommateurs très exigeants et vigilants… Des consommateurs sans doute mieux armés que leurs aînés, puisqu’au fait des progrès technologiques favorisant l’essor d’applications qui pourront jouer demain un rôle important dans leurs choix, leurs actes d’achat.

Bruno Lecoq

Retrouvez l’intégralité de notre enquête dans notre magazine N°30

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