Chaque année, la France consomme près de 45 000 tonnes d’amandes mais n’en produit qu’environ 1 000 tonnes. Face à une dépendance massive aux importations, deux acteurs investissent dans la relance de l’amande française. La Compagnie des Amandes, en Provence et Escoute, dans le Lot-et-Garonne, viennent chacune de créer leur propre casserie pour relancer la filière amandes française.
Dans le Lot-et-Garonne, Escoute initie une filière amande française intégrée

Escoute, entreprise familiale productrice de pruneaux d’Agen depuis cinq générations, a l’ambiotion de relancer la culture de l’amandier en Lot-et-Garonne. Pour cela, elle a inauguré sa propre casserie en août 2025 à Penne d’Agenais. Gilles Vergnes, dirigeant d’Escoute, explique : « Nous avons voulu recréer une filière vertueuse, à taille humaine, fidèle à nos valeurs d’ancrage local et de respect de la terre. » Cet outil industriel lui permet de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, du verger à l’assiette, en passant par le cassage, le tri et la transformation des amandes.
Une réponse aux défis climatiques et économiques
Ce projet s’inscrit dans une logique d’anticipation face aux évolutions climatiques, qui menacent la production traditionnelle de pruneaux. La diversification vers l’amande offre une source de revenus supplémentaire aux 30 producteurs partenaires, tout en contribuant à sécurisé l’avenir agroalimentaire de la région. La casserie, soutenue par la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Union européenne, vise une capacité de 300 tonnes d’amandons d’ici 2030. Les variétés premium, Ferragnes et Lauranne, sont transformées en produits haut de gamme : amandes crues, torréfiées aux cristaux de sel de Guérande, enrobées de chocolat ou caramélisées.
Garantir des débouchés stables et équitables à l’amande française
Escoute s’engage à faire bénéficier aux producteurs de débouchés pérennes et d’une rémunération juste. Thierry Albertini, producteur partenaire, s’en félicite : « l’ouverture de la casserie change tout : elle sécurise la filière et nous garantit un débouché stable, local et équitable. » Pour les producteurs sécuriser la commercialisation est d’autant plus important que l’amande française est une culture difficile à rentabiliser. Par ailleurs, la production transformée par Escoute proviendra à 15 % de surfaces seront certifiées bio, ce qui n’est pas négligeable dans une filière où le bio, bien que soutenu par Biocoop, reste sous représenté. Avec un investissement de 1,1 million d’euros, Escoute vise un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros par an.
En Provence, La Compagnie des Amandes cofinance les producteurs
Fondée dès 2018 avec le soutien de l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg, La Compagnie des Amandes a ouvert sa casserie à Brignoles en 2025. Au terme de sept ans d’existence, La Compagnie des Amandes revendique le rang de premier producteur français d’amandes avec une production de l’ordre de 300 tonnes et 230 hectares de vergers répartis sur des terroirs emblématiques : Comtat Venaissin, Alpes-de-Haute-Provence, Crau, Drôme provençale, Ardèche et Narbonnais.
L’entreprise prend une participation minoritaire au capital de chaque exploitation, dont elle finance le besoin en fonds de roulement pendant cinq ans. Agréée Entreprise solidaire d’utilité sociale (Esus), La Compagnie des Amandes table sur un excédent brut d’exploitation (Ebidta) de 5 000 euros par hectare pour ses producteurs associés en pleine production.
Une bilan économique qui s’améliore
Si elle n’est pas encore bénéficiaire, La Compagnie des Amandes assure que ses performances s’améliorent d’année en année. « Nos comptes 2024 reflètent la progression de notre activité, avec un résultat qui s’améliore, 7M€ de fonds propres et seulement 2,2 M€ de dettes obligataires face à 7,1 M€ de créances. Les comptes de notre filiale La Casserie sont à l’équilibre en 2024 et seront positifs », peut-on en effet lire sur son compte Linkedin.
Une dizaine de millions d’euros de financements
Cofondée par l’ancien ministre français de l’Industrie Arnaud Montebourg et par l’homme d’affaires François Moulias (qui a notamment été un temps président du directoire du quotidien Libération), l’entreprise a bénéficié depuis sa création d’environ 10 millions d’euros de financement en fonds propres et obligations. Ces fonds proviennent d’investisseurs publics et privés, dont un million du groupe Arterris, une coopérative agricole diversifiée du sud de la France, actuellement en difficultés financières.
Un millier d’hectares d’amandiers en sept ans
L’ouverture de sa casserie n’a pas été de tout repos pour La Compagnie des Amandes, qui a du réduire la taille initiale du projet, retarder son ouverture et changer de site en raison de difficultés à obtenir le soutien des banques. Implantée à Brignoles (Var), la casserie est opérationnelle depuis octobre 2025. Avec la casserie d’Escoute, elle complète un plan de relance de l’amande française qui, selon le confiseur provençal Le Roy René, a déjà permis de multiplier la production par quatre grâce à la plantation d’un millier d’hectares d’amandiers en France en sept ans.