Si la consommation de produits bio rebondit, les motivations des consommateurs ont changé, selon le Baromètre Produits Bio 2026 que vient de publier l’Agence Bio, laquelle traverse elle-même une crise de gouvernance après la réduction de son budget par le gouvernement.
Le Baromètre Produits Bio 2026 confirme la reprise
La société d’études Obsoco a interrogé pour L’Agence Bio 6 127 personnes (soit 2 000 de plus que l’an dernier pour obtenir une meilleure représentativité régionale) du 22 octobre au 6 novembre 2025. Il confirme en premier lieu que la consommation de produits bio est repartie à la hausse. Avec 59 % des sondés déclarent consommer des produits bio au moins une fois par mois et 35 % au moins une fois par semaine, « on retrouve le niveau de 2022 », se félicite Bruno Martel, le président de l’Agence Bio.
Des prix qui paraissent moins inaccessibles
La reprise se manifeste sur toutes les tranches d’âge, même si les jeunes sont plus sensibilisés. Et si les consommateurs de produits bio reste plus nombreux chez les CSP+ et les populations ayant fait des études, une analyse par niveau de vie des résultats du Baromètre montre que les augmentations les plus fortes proviennent des catégories à revenus faibles et intermédiaires, traditionnellement moins consommatrices de bio. « Avec l’arrêt de l’inflation, la notion d’accessibilité prix du bio regagne du terrain », interprète Bruno Martel.
La santé et l’environnement reviennent en force
Dans ce contexte de redémarrage, « les moteurs de la consommation de produits bio ont changé, nuance toutefois Bruno Martel. La santé et l’environnement sont redevenus numéro un devant le plaisir ». Ces dernières années, marquées par le retour d’une forte inflation s’étaient en effet accompagnés d’une quête de « plaisir des sens » qui avait éclipsé les deux autres motivations. Depuis que l’inflation a baissé, les préoccupations de santé et d’environnement reprennent le dessus… Cet inversement de perspective est particulièrement manifeste chez les 19-24 ans, qui sont deux fois moins qu’avant à intégrer le plaisir parmi leurs motivations à consommer bio.
La forte image du bio parasitée par celle des produits locaux
Quatre consommateurs de produits AB sur cinq pensent que le bio est bon pour la santé. Les trois-quarts des non consommateurs le pensent aussi. Le bio a une image positive pour 53 % des Français, tandis que 20 % seulement en ont une image négative. Cependant, « la confiance dans le bio se renforce mais reste fragile », constate Bruno Martel. Au delà de la question du prix plus élevé, qui reste centrale autant pour les non consommateurs que pour les consommateurs de produits bio, les doutes sur la proximité et de la traçabilité des produits « participent aux freins à la consommation des produits bio », décrit-il.
La compatibilité entre bio et production industrielle et les divergences d’applications des normes d’un pays à l’autre reste sujets à interrogation. La confusion règne sur l’origine et les contrôles. 53 % des sondés estiment que la plupart des produits bio vendus en France ne sont pas vendus en France. Ce qui est faux : 71 % des produits bio sont d’origine France, 84 % pour les produits exotiques qui ne peuvent être produits sur le territoire français.
La multiplicité des labels crée la confusion
La notoriété du label AB comme celle du label Eurofeuille est élevée : 95 % des sondés connaissent le premier, 66 % le second dont la connaissance a « doublé en dix ans ». Mais cela n’empêche pas le label bio de souffrir de la comparaison avec les autres labels. Premier en terme de notoriété, AB n’arrive que cinquième en terme de confiance. Pire, les sondés déclarent lui accorder moins d’attention au moment des achats que les labels Viandes ou Légumes de France, Label Rouge, Nutri-Score, AOC/AOP et… Zéro Résidu de Pesticides. Expliquer encore et encore la réalité de l’agriculture biologique continue d’être une nécessité vitale pour les acteurs de la filière et pour l’Agence Bio.
Moins de soutien de l’État à la filière
Face à ce besoin mieux se faire connaître les filières bio, l’Agence Bio ne pourra guère compter sur un soutien supplémentaire de l’État. On se souvent en effet qu’au début de l’an dernier, le budget de l’Agence Bio a été amputé de 10 millions d’euros, dont la moitié a été déduite du Fonds Avenir Bio, qui subventionne les investissements en infrastructures collectives et l’autre moitié retirée de son budget de communication.
En 2026, a précisé Bruno Martel, le budget de l’organisme restera stable par rapport à 2025, à 17 millions d’euros, dont 8,8 millions consacrés au Fonds Avenir Bio et 1,7 million d’euros pour la communication. Bien qu’abondée de 900 000 euros par le ministère de l’Agriculture, l’enveloppe de communication n’a pas permis à l’Agence de renouveler son stand au dernier salon de l’Agriculture. Il a été remplacé à l’entrée du salon par le bus de l’Agence qui habituellement sillonne la France pour faire la promotion du bio… Moins anecdotique, le licenciement de la directrice générale de l’Agence est en cours, un recrutement ayant été initié pour la remplacer…
Les distributeurs spécialisés mécontents
Dans ce contexte, le Synadis, syndicat des distributeurs spécialisés bio, a décidé de se retirer de l’Agence Bio. Parmi ses adhérents, le groupement Accord Bio, témoigne : « le contexte actuel (…) ne permet plus à l’Agence Bio de remplir efficacement sa mission de soutien et de promotion de l’agriculture biologique. » Pour Éric Natali, président d’Accord Bio, « Ce vote n’est pas un désengagement vis-à-vis de la bio. Nous avons voté ce départ pour provoquer une prise de conscience. » L’enseigne espère ainsi l’ouverture d’un débat sur la gouvernance future de la filière, les moyens alloués à la promotion de la bio et les leviers concrets pour redynamiser la consommation.





