En ce début d’année 2026, difficile d’échapper aux boissons alternatives sans alcool ou faiblement alcoolisées, communément appelées « no/low ». Alors que le Dry January 2026 confirme sa popularité dans les derniers sondages, trois salons professionnels français qui se tiendront au cours de ce premier trimestre – Degré Zéro, Millésime Bio et Wine Expo Paris – accordent une place croissante aux alternatives no/low. Cette évolution a même conduit Vin & Société, le groupe d’influence de la filière viticole, à esquisser de premiers contre-arguments… Après une année 2025 marquée par une croissance record des boissons alternatives, 2026 s’annonce comme l’année de leur maturation et du début de leur institutionnalisation pour les boissons sans alcool alternatives.
Le Dry January 2026, un phénomène de société
Le Dry January, ce défi d’abstinence alcoolique lancé chaque année en janvier, s’affirme comme un phénomène de société. Selon la deuxième édition de l’Observatoire Chavin & CSA, un sondage représentatif mené pour le compte d’un acteur pionnier des vins désalcoolisés, 44 % des Français déclarent vouloir participer au Dry January 2026, contre 41 % en 2025. Une progression qui confirme l’essor d’une culture de la modération, motivée par des préoccupations de santé, de bien-être, de curiosité, et même d’économies.
Une autre étude, commanditée par Plum, une application de gestion de finances personnelles, indique que 35 % des 18-34 ans prévoient de participer au Dry January, avec un impact financier immédiat estimé à 214 € d’économies en moyenne sur le mois.
Pour Mathilde Boulachin, directrice générale de la Maison Chavin, « le Dry January connaît une véritable accélération depuis trois ans, portée par les médias, les réseaux sociaux et une quête collective de pause et d’équilibre. » Cette dynamique dépasse largement le cadre du mois de janvier : 36 % des Français ont réduit leur consommation d’alcool en 2025 et 39 % souhaite poursuivre dans cette voie en 2026.
Les salons à l’affût d’un secteur en croissance
L’engouement pour les boissons no/low se traduit également dans l’offre des salons professionnels, qui leur accordent une place toujours plus importante. Dédié aux vins sans ou à faible degré d’alcool, Degré Zéro, récemment racheté par Sirha Food (groupe GL Events), affiche une ambition claire : devenir « le rendez-vous référent en Europe pour le no/low », comme l’annonce Luc Dubanchet, directeur général de Sirha Food. L’édition 2026, prévue du 9 au 11 février à Paris, accueillera plus de 100 exposants, contre 90 en 2025. Deux déclinaisons régionales sont également annoncées à Marseille (avril) et Lyon (octobre), sans compter une montée en puissance de l’offre sans alcool dans les manifestations Sirha, qui ciblent les professionnels de la restauration.
Degré Zéro plus ouvert aux boissons gastronomiques
Lors de sa session parisienne, Degré Zéro élargira la palette des catégories de produits représentés : vins désalcoolisés, bières, spiritueux et cocktails sans alcool, mais aussi boissons gastronomiques et fonctionnelles, ces dernières faisant une entrée remarquée dans le Baromètre No/Low 2025. Selon cette étude, réalisée pour la deuxième année consécutive par l’agence Backline auprès d’un échantillon de 2 300 personnes représentatif de la population française, 49 % des Français consomment désormais des boissons alternatives, contre 39 % en 2024.
Wine Expo Paris, de son côté, va créer un espace baptisé Be No, dédié aux « vins, spiritueux et boissons alternatives », tandis que Millésime Bio, le salon des vins bio, présentera une centaine de références no et low alcohol.
Un marché porté par les flexibuveurs
Difficile à chiffrer en raison de sa diversité, la taille du marché des boissons no/low est évaluée à 300 millions d’euros en France par Luc Dubanchet. Avec une croissance est spectaculaire : +30 % depuis 2022. Les cocktails sans alcool, consommés par deux-tiers des sondés (+20 points en un an), les bières (53 %) et les boissons fermentées (46 %, +5 points) sont les trois boissons no/low préférées des Français. Les spiritueux sans alcool (17 %) et les vins désalcoolisés (12 %) suivent, talonnés par les boissons gastronomiques (16 %) et fonctionnelles (12 %), nouvellement intégrées à l’étude cette année.
Dans cette liste, le tassement des bières sans alcool et des vins désalcoolisées (-3 pts. chacun) détonne un peu. Il ne signifie pas que leur consommation recule en volume car le marché est globalement en croissance. Mais il pourrait indiquer un relative maturité pour les bières qui ont été la première catégorie à investir le sans-alcool et à l’inverse un écart persistant entre l’offre et la demande pour les vins.
Le vin désalcoolisé toujours en quête d’identité
Le vin désalcoolisé souffre du handicap d’être systématiquement comparé au vrai vin, sur un marché des no/low largement porté par les « flexibuveurs ». Près des trois-quarts des Français alternent en effet entre alcool et no/low. Néanmoins, plus de la moitié (58 %) des consommateurs citent encore « le goût et la qualité » comme obstacle majeur, suivis par « la peur des ingrédients utilisés » (15 %) et « le prix » (40 %), établit le Baromètre No/Low.
« L’éthanol retiré est un exhausteur aromatique donc la perception gustative change. Notre travail est d’aller chercher les complexités et les équilibres pour séduire les amateurs de vin. On tend vers des perceptions organoleptiques plus proches du vin », rappelle Mathilde Boulachin, dont la maison fêtera ses quinze ans sur le prochain salon Degré Zéro.
Distribution spécialisée en pointe, cafés et restos en ligne de mire

Les lieux de consommation évoluent également : si 58 % des achats se font encore en grande surface, les cavistes spécialisés et les magasins bio gagnent du terrain, tout comme la restauration. « Avant, on consommait le no/low à la maison. Aujourd’hui, on le fait aussi au restaurant, chez des amis, dans les festivals », observe Olivier Darras, fondateur de Degré Zéro.
Dans ce contexte, le développement du marché passe par la pédagogie et la dégustation. La Cave Parallèle, franchise spécialisée dans les boissons sans alcool en pleine croissance, a compris l’enjeu et organise ce week-end des 10 et 11 janvier son premier salon grand public à Nantes, où se situe le premier magasin pilote de l’enseigne. « L’objectif est de faire de Nantes un pôle de référence pour le no/low dans le Grand Ouest », annonce Jérôme Cuny, fondateur du réseau La Cave Parallèle, qui a ouvert sept boutiques depuis sa création il y a deux ans.
2026, l’année de la légitimation des boissons no/low
Face à la percée des nouvelles boissons sans alcool pour adultes, le secteur viticole, en crise, a longtemps oscillé entre déni et dénigrement. Signe que le vent est peut-être en train de tourner, Vin & Société, le lobby de la filière, vient d’adapter son discours en inventant un « French January »… qu’il appelle à « prolonger toute l’année. » Bâti autour d’un court « Manifeste » appelant à « un juste milieu entre le TROP et le ZERO », ce contre-argumentaire sonne comme un début d’institutionnalisation des alternatives.
Comme l’exposait Fabrice Sommier, Meilleur Ouvrier de France en sommellerie et président de la Sommellerie Française lors de la présentation de l’Observatoire Chavin 2025 : « la modération n’est pas une mode, mais une nouvelle façon de consommer. Arrêtons d’opposer les vignerons avec les gens qui font du vin de France désalcoolisé. Lorsqu’il est de qualité, celui-ci fait partie de l’art de vivre à la française ». Entre essor du Dry January, ralliement des salons professionnels et nouvelles perspectives dans la restauration, 2026 marque un tournant pour le secteur des boissons sans et à faible teneur en alcool.

Télécharger le Baromètre No/Low 2025 ici


