Jusqu’au 11 octobre, le miel fait son show avec l’Api’Week 2026, semaine de dégustations et de pédagogie autour de l’apiculture et du miel organisée partout en France. Paradoxe de cette sixième édition : les consommateurs n’ont jamais été aussi curieux de découvrir de nouveaux miels, selon l’étude Api Week 2026 publiée pour l’occasion, au moment même où la récolte française tombe à son plus bas niveau.
L’opération portée par l’interprofession du miel et soutenue par le ministère de l’Agriculture, multiplie visites de ruchers, rencontres avec les apiculteurs et dégustations comparatives, (programme complet sur apiweek.fr). Elle s’appuie sur un constat solide : 70 % des acheteurs de miel déclarent aimer en découvrir de nouveaux, selon une enquête Opsio réalisée en ligne du 20 au 25 août 2026 auprès de 1 010 Français âgés de 18 à 75 ans. Mais cette appétence tombe pendant une année de disette.
Une curiosité de plus en plus gourmande selon l’étude Api Week 2026
Acacia, châtaignier, tilleul, lavande, forêt… Les différentes variétés de miel composent une palette de goûts, de couleurs et de textures aussi large qu’un assortiment d’épicerie fine ! Et les consommateurs sont curieux de les comparer. Selon l’Étude ApiWeek 2026, 86 % des acheteurs se montrent en effet ouverts à la découverte, quand 11 % seulement optent toujours pour le même pot. Et 86 % trouveraient dommage — près de la moitié « très dommage » — de ne plus disposer que de deux sortes de miel.
Toutefois les dégustations comparatives ne sont pas encore assez courantes : 59 % des personnes interrogées n’ont jamais participé à ce type d’expérience mais aimeraient tenter. parmi les critère de choix, le goût arrive très largement en tête des critères d’attention (67 %), devant la texture, le parfum et la couleur. Une étude du Cari (Centre Apicole de Recherche et d’Information) a recensé près de 130 qualificatifs pour décrire les arômes des miels : de quoi occuper les plus bavards des vendeurs comme des clients.
Cette curiosité s’accompagne d’une vraie exigence d’information : 92 % des acheteurs lisent l’étiquette du pot, 37 % systématiquement. Les miels inconnus (35 %) suscitent un peu plus d’intérêt que les miels labellisés (33 %). Côté usages, le plaisir (42 %) devance la santé (28 %). Le miel adoucit les boissons chaudes pour 60 % des consommateurs, s’installe au petit-déjeuner pour 58 %, se déguste à la cuillère pour 51 %. Il passe aussi en cuisine : pâtisserie et desserts pour 46 %, plats salés pour 36 %. Un sujet tout trouvé pour le conseil en magasin…
Une récolte de miel français sous le seuil des 20 000 tonnes
Face à cet appétit des consommateurs, l’offre française ne suit pas. L’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) estime la récolte 2026 entre 18 000 et 20 000 tonnes, en retrait par rapport à 2025 (environ 24 tonnes). La météo explique ce recul. L’hiver 2025-2026, doux et humide, avait laissé présager une saison exceptionnelle : les floraisons ont bénéficié d’une excellente hygrométrie et les colonies d’abeilles, précoces dès la fin janvier, ont butiné un printemps généreux. Le colza a donné d’excellentes récoltes dans l’Ouest, le Sud-Ouest et le Centre ; l’acacia a réussi dans le Sud-Ouest ; les miels de montagne, polyfloraux et le tilleul ont été abondants — mais précoces d’un mois, de la Bretagne à l’Auvergne.
Mais comme on le sait les pluies ont cessé dès la fin mai sur toute la France . « Les jours de canicule ont réduit à néant, quasiment partout, tout espoir de récolte digne de ce nom », résume l’Unaf dans un communiqué du 30 septembre 2026. La lavande a connu une récolte catastrophique en Provence, le sapin et les miels de forêt ont presque disparu, la bruyère et le sarrasin restent confidentiels, le tournesol a souffert des grosses chaleurs. Seul le miellat a parfois sauvé la saison des apiculteurs, notamment dans le Sud-Est. Les incendies, comme ceux des Landes et des Pyrénées-Orientales, ont en outre détruit des ruchers entiers et brûlé des milliers d’hectares de ressources pour les abeilles.
« Le bouleversement climatique rend les récoltes imprévisibles et de plus en plus capricieuses », pointe Christian Pons, président de l’Unaf, qui demande des aides publiques pour les exploitations apicoles sinistrées du Sud. Résultat : la France, qui déjà ne couvrait pas la totalité de ses besoins est encore plus dépendante des importations. Alors que la consommation nationale représente environ 40 000 tonnes consommées chaque année, les conditionneurs importent plus de 30 000 tonnes, souvent à bas prix et d’Asie pour une large part.
L’étiquette, nouvel argument de vente pour le miel
Pour l’épicier fin, l’arme de la transparence s’impose. Depuis juin 2026, les assemblages de miels doivent indiquer les pays d’origine par ordre pondéral décroissant, avec la part représentée par chaque origine. De quoi distinguer nettement les miels français et de terroir face aux imports, et rassurer des consommateurs déjà attentifs : 97 % jugent le rôle des abeilles important dans la nature, 82 % les considèrent indispensables, et 86 % sont prêts à changer leurs habitudes pour les aider. Sur un marché où la demande de découverte s’élargit pendant que la production française se contracte, les miels de producteur, traçables et mono-floraux, devraient voir leur valeur monter d’un cran.

