Igp whisky de france

L’IGP Whisky de France dans la dernière ligne droite

La Fédération du Whisky de France (FWF) a présenté le 25 septembre 2026, dans ses locaux parisiens, le cahier des charges de l’indication géographique protégée (IGP) Whisky de France. Élaboré main dans la main avec l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), il devrait ensuite être soumis au comité national de l’Institut en novembre en vue de sa validation.

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W. Dionne, Ch. Bec, D. Ribereau-Gayon et Frédéric Revol présentent le cahier des charges de la future IGP Whisky de France

Les trois objectifs de l’IGP Whisky de France


Dans cette perspective, le Syndicat de Défense du Whisky de France a été créé le 10 septembre 2026. Présidé par Dominique Ribereau-Gayon, directeur de la Maison Jean Boyer (Landes), administrateur de la FWF et cheville ouvrière du dossier, le syndicat demandera sa reconnaissance comme organisme de défense et de gestion (ODG).


L’organisme de contrôle indépendant de l’appellation a déjà été désigné : il s’agit de Qualisud. Cette société a participé à la rédaction du plan de contrôle et en a vérifié la faisabilité opérationnelle. La mention « Whisky de France » ou « Whisky français » ou leurs traductions figureront sur chaque étiquette de whisky labellisé.


Avec cette appellation, la FWF déclare poursuivre trois objectifs : améliorer la qualité, protéger l’indication contre les pratiques trompeuses et la faire connaître à l’international. Si le whisky français jouit d’une notoriété croissante dans l’Hexagone, où les distilleries couvrent presque toutes les régions et où sa part de marché progresse, celle-ci dépasse à peine 1 % en volume. Tandis qu’à l’étranger, « Presque personne ne sait qu’il existe, ce qui est compliqué pour la partie export », constate Christian Bec, cofondateur de la distillerie Twelve Whisky d’Aubrac et vice-président de la FWF.

Un cahier des charges « parmi les plus exigeants« 


Dominique Ribereau-Gayon résume les règles de l’appellation comme suit : « le Whisky de France IGP est un whisky brassé, fermenté, distillé et vieilli dans l’aire géographique correspondant à la France métropolitaine. » Les céréales devront être françaises et non transgéniques, avec une tolérance de 15 % de céréales étrangères pour ne pas exclure les whiskies de spécialité. Le maltage devra être réalisé majoritairement en France, avec une tolérance de 30 % car la filière malterie reste en cours de structuration.

Le degré de sortie d’alambic ne pourra pas dépasser 93,8 % vol. et la distillation continue sera limitée à 1 000 hectolitres de moût par 24 heures. Frédéric Revol, vice-président de la FWF, souligne la portée de ce choix : « C’est l’une des premières IG qui affirme l’origine agricole du goût dans l’aire géographique, c’est-à-dire des céréales qui, à la majorité, sont issues de l’aire. » Les territoires ultramarins ont été écartés en raison de leurs terroirs jugés trop différents de ceux de la métropole.

L’embouteillage à l’étranger reste en revanche admis afin de ne pas écarter les distillateurs frontaliers qui embouteillent en Belgique ou en Allemagne et pour tenir compte des destinations plus lointaines livrées en vrac, comme la Chine. Les conditions d’embouteillage y seront localement contrôlées.


Malt et grain, deux catégories plus qualitatives

Affiche federation du whisky de france


La future indication comportera trois catégories. La catégorie générale « Whisky de France » couvrira les distillations continues et les assemblages, sans aucune mention qualitative autorisée. Les catégories « Whisky de France Malt » et « Whisky de France Grain » imposeront quant à elles une distillation discontinue.

« Les whiskies de ces deux catégories plus qualitatives doivent être distillés à un degré de 88 maximum, en distillation discontinue, simple ou multiétagée, avec une chaudière d’une capacité maximale de 120 hectolitres », détaille Dominique Ribereau-Gayon. Les whiskies issus d’une seule distillerie pourront arborer les mentions « single malt » ou « single grain ». La catégorie « Grain » reconnaîtra les céréales autres que l’orge : les étiquettes pourront ainsi mentionner un « single blé » ou un « single avoine » par exemple.

Cette approche s’inspire du modèle irlandais. Christian Bec en assume l’esprit : « Nous avons voulu laisser de la place à la créativité. » Ainsi, l’IGP entend rester accessible au maximum, sans exclure ni les entrées de gamme vendues en grandes surfaces ni les whiskies plus élaborés destinés à la vente sélective.


Finish encadré et année de récolte autorisée


Le cahier des charges régit aussi le finish, une première mondiale pour un whisky. Un finish désigne le fait de terminer le vieillissement du whisky dans une barrique où un autre spiritueux a été préalablement élevé, comme le porto par exemple. La totalité du lot devra séjourner au moins un mois dans ces barriques et chacune d’entre elles ne pourra pas servir plus de cinq fois. Ces règles visent à écarter les étiquetages et pratiques trompeuses.

L’étiquetage connaîtra une autre nouveauté : les producteurs pourront indiquer l’année de récolte des céréales. Le whisky n’affichait jusqu’ici que des années de distillation. Christian Bec revendique cette avancée : « L’année de récolte a un impact très important sur la typicité du whisky, puisque comme pour toutes les plantes, l’année de récolte a un impact. » Un point reste toutefois en suspens : la possibilité de faire référence au millésime fait encore l’objet de discussions avec l’Inao.


L’IGP Bretagne tentée, l’Alsace fait bande à part


Les producteurs hors du dispositif ne pourront plus faire aucune référence à la France : « aucun drapeau bleu blanc rouge, aucun mot français ne pourront figurer sur l’étiquette, précise Dominique Ribereau-Gayon. L’IGP reposera sur la qualité et l’origine, non sur le degré de valeur ajoutée réalisée sur le sol français. »

Tout utilisateur de la mention devra adhérer au Syndicat de Défense du Whisky de France. L’articulation de l’appellation avec les deux IGP régionales existantes reste en suspens.

Selon Dominique Ribereau-Gayon, l’IGP Whisky de Bretagne examinerait la possibilité d’une « procédure de repli » (qui permet à un opérateur relevant d’une indication géographique régionale de commercialiser tout ou partie de ses produits sous une autre IG plus large), tandis que les six producteurs de l’IGP Whisky d’Alsace refuseraient de se diluer dans l’IGP métropolitaine.


Les prochaines étapes jusqu’à la publication

Le comité national de l’Inao examinera le dossier en novembre, indique la FWF. Selon la procédure usuelle, la demande devra ensuite être validée au niveau européen, au terme d’une procédure qui inclut un délai de deux ou trois mois au cours duquel sont examinés les arguments d’éventuels opposants. Fort d’un dossier travaillé dans le détail avec l’Inao, la FWF, qui compte 66 adhérents, n’émet aucun doute sur l’enregistrement de l’IGP Whisky de France à l’horizon 2027.

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