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La hausse des cours du cacao, une chance pour le chocolat de qualité ?

Après sept ans de baisse, les cours du cacao se sont spectaculairement redressés. Ce retournement de situation redonne aux cacaoculteurs l’espoir d’enfin percevoir un revenu décent. Une perspective encourageante pour les acteurs du commerce équitable qui y voient une chance pour les « cacaos d’excellence », même si pour certains d’entre eux la transition reste paradoxalement compliquée.

Après une première augmentation mi-2023, le cours mondial du cacao a connu une hausse sans précédent depuis le début d’année 2024. Fixée en Bourse, la cotation a ainsi passé la barre des 10 000 dollars US en avril dernier. Repassée en dessous depuis, elle continue de surplomber largement la fourchette de 2 000 à 3 000 $ en vigueur au milieu des années 2010.

Un cours du cacao durablement élevé ?

Les conditions semblent réunies pour que cela dure. En effet, la demande reste importante dans les pays d’Europe et Amérique du Nord. Ces derniers représentent le gros de la consommation mondiale, qui reste stable voire en légère croissance.

À l’inverse, la production de cacao est inférieure à la demande depuis trois ans, souligne le producteur de cacao bio équitable Kaoka sur son blog. La récolte était en baisse de 20 % en Côte d’Ivoire et de 30 % au Ghana à l’issue de la campagne 2023-2024 (achevée fin septembre). Ces deux pays représentent 60 % de la production mondiale.

L’enchaînement des mauvaises récoltes s’explique par la conjonction de conditions climatiques défavorables et du bouleversement climatique. En 2024, des pluies torrentielles ont été suivies par une sécheresse, liés au phénomène El Niño. Selon les estimations, il manquera en 423 000 tonnes de cacao en 2024, soit 8 % de la production habituelle. La baisse de production étant régulière, les stocks s’épuisent et les cours s’envolent…

Des bénéfices variables pour les cacaoculteurs

Normalement, cette hausse des cours devrait profiter aux producteurs. Le paradoxe veut cependant que cela ne soit pas entièrement le cas en Côte d’Ivoire et au Ghana, où les prix du cacao acheté aux producteurs sont administrés afin de les protéger… En Côte d’Ivoire, le prix plancher a certes été revalorisé de 50 % en début de campagne pour atteindre l’équivalent d’environ 3 700 $/t. Mais « cette hausse de prix est bien insuffisante pour compenser la baisse de volume actuelle. Les familles de producteurs ivoiriens comme ghanéens vivent des jours très compliqués », décrit le blog de Kaoka.

Dans les autres pays – notamment en Amérique latine – où le marché n’est pas régulé, les hausses de cours sont mieux répercutées sur les prix d’achat. « En Équateur, la récolte n’a pas été bonne non plus. Il y a un manque de cacao. Les prix y sont sous pression, principalement du fait que de grands acteurs – des multinationales principalement – ont besoin de cette origine », témoigne Sébastien Balmisse, directeur qualité et filière chez Kaoka. Les prix d’achats y sont très proches de cours mondiaux. Pour les cacaoculteurs de ces pays c’est une bonne nouvelle.

Un passage difficile pour les coopératives de producteurs

Mais cette situation a des répercussions indirectes sur les coopératives de producteurs auprès desquelles les marques de commerce équitable s’approvisionnent. La marque Éthiquable indique ainsi dans un récent communiqué que la coopérative équatorienne FONMSOEAM a du « arrêter d’acheter du cacao à ses membres, laissant les producteurs vendre directement aux intermédiaires locaux. »

Grâce aux partenariats dans la durée et aux prix supérieurs à ceux du marché que leur garantit le commerce équitable, ces coopératives restaient jusqu’à présent attractives pour les producteurs. Désormais, elles entrent en concurrence avec des négociants plus réactifs et prêts à mettre le paquet pour attraper une denrée devenue plus rare.  

La nécessaire adaptation des marques de commerce équitable

« Les fèves de cacao s’achetant à un prix 3 à 4 fois plus élevé qu’auparavant, les besoins en liquidités sont particulièrement conséquents, Il est donc difficile pour les coopératives, qui supportent les frais de certification, de traçabilité, les projets de développement, etc., de rester compétitives et de continuer à s’approvisionner en cacao. Cette situation pourrait mettre de nombreuses coopératives en péril », décrit Éthiquable. La marque y voit la confirmation du besoin accru d’accompagnement des coopératives par l’aval de la filière.

« Il est exact que nous sommes obligés de faire un effort additionnel sur le prix du cacao en ce moment, complète Sébastien Balmisse chez Kaoka. Mais comme nous travaillons, en tant qu’acteur du commerce équitable, en filière intégrée avec les mêmes coopératives depuis des décennies, nous trouvons des solutions ensemble. Nous nous adaptons et les coopératives aussi. » Kaoka a notamment doté ses coopératives partenaires d’outils leur permettant de réagir en temps réel aux nombreuses fluctuations de cours.

Moins d’écart de prix avec le chocolat de grande consommation

En soixante ans, rappelle Sébastien Balmisse, « la production mondiale de cacao est passée de 1 à 5 millions de tonnes ». Cette explosion a fait du chocolat un produit de grande consommation. Revers de la médaille, ce chocolat bon marché s’est nourri de déforestation, de la monoculture intensive du cacao et de l’épuisement des sols.

« Il faut nous préparer à l’idée que le cacao devienne plus cher et le chocolat moins mass-market », prévient Sébastien Balmisse. Il veut croire que « la réduction du différentiel de prix entre cacao conventionnel et cacao bio équitable incitera les consommateurs à préférer ce dernier. Les segments de marchés du chocolat qui se maintiendront seront les marchés d’excellence ». Une vision dont il reconnait, tout en l’assumant, le caractère optimiste.

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