Le bio sans les valeurs du commerce équitable n’est plus suffisant

Article mis en ligne par · 2 mai 2019 ·

Complètement investi dans la promotion du commerce équitable depuis plus de 25 ans, Jean-Pierre Blanc – directeur général des cafés Malongo – en est également l’un des pionniers. Il revient pour Le Monde des Grands Cafés sur l’intérêt de cette économie vertueuse qui fonde sa légitimité avant tout sur la qualité.

Le Monde des Grands CafésDu 11 au 26 mai prochain se déroulera la Quinzaine du Commerce Équitable. Il s’agit pour les acteurs de cette filière, de sensibiliser le grand public aux valeurs du commerce équitable. Reste-il encore beaucoup à faire dans ce domaine ?

Jean-Pierre Blanc – Oui, il reste beaucoup de choses à faire, car si un grand nombre de consommateurs connaissent le commerce équitable, c’est souvent en superficie et ils n’en connaissent pas vraiment les fondamentaux. Certes, ils en achètent mais à mon avis pas suffisamment, c’est pourquoi il faut redire ce qu’est le commerce équitable par rapport à la qualité et par rapport aux hommes qui cultivent le café…

LMGCPensez-vous qu’ils en achètent pour se donner bonne conscience ?

JPB – Je ne pense pas. Je me suis lancé dans le commerce
équitable en 1992 et je me dis que si les consommateurs nous ont suivis en achetant et rachetant notre café de petits producteurs, c’est parce qu’il est bon ! Sinon, ils en auraient acheté une fois, pas deux. Cette notion de qualité est du reste pas suffisamment mise en valeur et c’est pourtant fondamental. Rien ne peut fonctionner sans elle : pas de qualité cela veut dire pas de vente donc pas de développement.

LMGCIl a été décidé d’associer cette année la notion
d’équité à celle de climat. Cela fait partie des éléments dont on ne parlait pas beaucoup en 1992.

JPB – Quand j’ai démarré, on ne parlait pas en effet de
climat, pas non plus de petits producteurs, pas davantage d’agriculture biologique et encore moins de café de spécialité. On a donc construit cela en anticipant. Tout est partie en fait de la découverte d’une coopérative au Mexique. C’est réellement la coopérative historique du commerce équitable puisque c’est là qu’est né le label Max Havelaar. C’est donc grâce à cette découverte d’hommes, puis d’un système d’agroforesterie et de l’agriculture bio, de la qualité du café d’altitude, d’anciennes variétés botaniques, d’un terroir et enfin de toutes les valeurs morales par rapport à l’achat que je me suis autant investi ! Nous sommes passés d’un petit container à 4 000 tonnes en ayant monté des filières.

LMGCLe commerce équitable est donc la bonne solution ?

JPB – Oui car sans les valeurs du commerce équitable, il manque
quelque chose au bio. Tout particulièrement en ce moment, où l’on cherche à paupériser le bio. Aujourd’hui, alors que le café est vendu en dessous de son prix de revient, nous l’achetons plus du double et encore, j’ose le dire, ce n’est pas suffisant ! Car la vraie question est : comment on maintient une filière en état ? Comment on fait vivre une communauté ? Et comment on accompagne tout cela ? Les éléments économiques sont bien entendu indispensables ; il y a le prix minimum garanti mais il faut aller plus loin, y ajouter une prime collective pour financer différents programmes de développement des populations (éducation, social…), une prime pour le bio et y ajouter enfin une prime pour la qualité. Tout ceci dans la transparence et en accord avec des coopératives qui partagent ces valeurs et font profiter l’ensemble des paysans. Ces coopératives sont indispensables puisqu’elles ont seules la capacité de respecter tous les process garantissant la qualité, et la capacité d’être présentes à l’export. Nous travaillons main dans la main.

Nous les aidons par ailleurs à réaliser des contrôles qualité en laboratoire ; nous encourageons la formation de tous les acteurs, organisons des épreuves de cupping… Il est nécessaire que chacun puisse prendre conscience que toutes les étapes de l’élaboration du café sont essentielles. Enfin, il faut créer une émulation : nous n’agissons pas par charité, nous achetons de la qualité. Il s’agit d’un échange d’égal à égal.

Jean-Pierre Blanc