Presque 90 ans après la reconnaissance de l’appellation, une quatrième variété entre au cahier des charges de l’AOP Noix de Grenoble. Une évolution qui arrive à point nommé pour une filière sous pression concurrentielle, et qui offre de nouveaux arguments de vente, à l’heure où la saison démarre.
C’est un tournant historique pour l’AOP Noix de Grenoble. Depuis 1938, l’appellation reposait sur trois variétés : Franquette, Mayette et Parisienne. La Fernor, issue d’un croisement entre la Franquette et la Lara, vient compléter ce trio, avec un effet immédiat sur les volumes avec plus de 500 hectares déjà plantés, soit un potentiel supplémentaire de plus de 1 000 tonnes commercialisables dès l’actuelle campagne.
Une variété en phase avec les tendances conso
Le chemin vers l’appellation aura été long. Le Comité interprofessionnel de la Noix de Grenoble (Cing) a engagé le travail de reconnaissance en 2018, avec des études sur la conduite en verger et la qualité organoleptique, avant de présenter le dossier à l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao).
Issue des travaux de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) dans les années 70, la Fernor était déjà cultivée depuis près de trois décennies sur le territoire, sans pouvoir être commercialisée sous AOP. Elle s’est imposée dans les sols profonds isérois de Saint-Marcellin, Tullins ou Poliénas, comme dans le Haut Grésivaudan et la plaine de la Drôme.
Côté dégustation, la variété affiche un calibre plus élevé, une amertume moins prononcée et un cerneau facile à extraire, qui se conserve bien. Autant d’atouts en phase avec les nouveaux modes de consommation, susceptibles de séduire une clientèle plus jeune. Son démarrage de production, de 5 à 7 ans contre 12 à 15 ans pour les variétés traditionnelles, facilite en outre l’installation des jeunes nuciculteurs, un enjeu de pérennité pour la filière.
Une AOP Noix de Grenoble plus « verte »
La modification du cahier des charges ne se limite pas à l’arrivée de la Fernor. L’appellation encadre désormais l’implantation des noyeraies : altitude maximale de 800 mètres, exigence d’un pH supérieur ou égal à 6. Pour la Fernor, dont l’arbre est plus résistant aux intempéries, la densité peut atteindre 208 arbres par hectare, contre une centaine pour les variétés historiques.
Le volet environnemental se renforce aussi, avec un enherbement devenu obligatoire toute l’année à partir de la sixième année après plantation, pour lutter contre l’érosion, capter du carbone et protéger la biodiversité, et une fertilisation azotée plafonnée à 140 unités par hectare.
Côté récolte, la filière avance avec prudence après plusieurs années d’épisodes climatiques atypiques. Après une récolte d’à peine 10 000 tonnes l’an dernier, la production pourrait atteindre entre 11 000 et 13 000 tonnes, contre 14 000 ou davantage lors des bonnes campagnes. La qualité s’annonce en revanche bonne, avec des calibres plus gros que l’an passé.
Le 5 novembre instauré jour de la « Noix nouvelle »
Le contexte commercial reste tendu. La filière doit en effet composer avec la concurrence des noix américaines et chiliennes, désormais favorisées par la suspension des droits de douane de 4 % dans le cadre du dernier accord commercial UE–États-Unis. Environ la moitié de la production de l’AOP Noix de Grenoble part à l’export, vers l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne ou la Suisse.
Pour accompagner l’arrivée de la récolte en magasin, le Cing instaure la journée de la « Noix nouvelle » comme rendez-vous annuel, fixé au 5 novembre — premier jeudi du mois — après une première édition en 2025. Animations en magasin, relais presse et événementiel sont prévus. Un chantier pédagogique, la « Fresque de la noix », inspirée de la Fresque du climat, expliquera la filière du verger à l’étal, avec des niveaux de lecture pour le grand public et les enfants. Autant d’occasions, pour les commerçans, de mettre en avant une première AOP fruitière de France qui entend bien conjuguer tradition et avenir.

