Créée il y a 35 ans, l’entreprise leader des pâtes à tarte fraîches en magasins bio continue d’innover et d’investir. Lancées le 1er avril prochain, ses tortillas doublement labellisées « Bio Équitable en France » et « Ingrédients Simples », ont mobilisé un investissement de 1,2 million d’euros dans la création d’un atelier dédié. Pour Biobleud, le lien entre « vrai goût », bio et Responsabilité sociale et environnementale (RSE) est « une évidence depuis toujours », nous explique Emmanuelle Jungblut (photo ci-dessus), cogérante de la PME finistérienne.
LMEF – Comment Biobleud est-elle devenue la première marque de pâtes à tarte fraîches en magasins bio ?
Emmanuelle Jungblut – L’entreprise a été fondée en 1995 par Michel Talabardon. À l’origine, Michel vendait sur les marchés des crêpes et des galettes garnies bio et végétariennes, ce qui était novateur à l’époque. Peu à peu, il a commencé à produire des pâtons qu’il vendait aux consommateurs et déposait dans les magasins bio. Il a fini par être référencé par Biocoop. Jusqu’à ce qu’un jour on lui demande des pâtes fraîches prêtes à dérouler, produit qui existait dans la grande distribution mais pas en magasins bio à l’époque.
Leur succès l’a décidé à céder son activité traiteur pour se concentrer uniquement à la fabrication. Celle-ci est longtemps restée très artisanale. En 2010, nous coupions encore les pâtes cinq par cinq et nous les roulions à la main. En 2015, nous avons pris un tournant en construisant un nouveau bâtiment à Ploudaniel (Finistère) pour y installer de notre première ligne de feuilletage, ce qui a permis de fabriquer en plus gros volumes et de diversifier la gamme.
LMEF – Quand avez-vous repris sa suite ?
EJ – Michel Talabardon est décédé en décembre 2017. Sa fille Véfa Zanchi et moi-même, qui étions déjà associées, lui avons succédé. En 2019, nous avons procédé à un premier agrandissement en doublant la taille de nôtre bâtiment en installant une deuxième ligne de fabrication, suivi par la création d’un atelier bricks en 2024.
Nous venons de terminer la dernière tranche sous forme d’une extension de 400 mètres carrés avec un étage affecté à l’agrandissement des bureaux et 200 m2 pour l’atelier de production des tortillas en rez-chaussée. Celle-ci répond à un process spécifique. Nous avons appliqué des critères environnementaux très stricts.
LMEF – Quels sont ces critères environnementaux ?
EJ – Le bâtiment est entièrement en bois y compris la charpente. La toiture est végétalisée, les bureaux sont passifs pour être très peu énergivores. Nous avons aussi approfondi notre démarche « existante »biodiversité ». Il y a des nichoirs intégrés au bâti, les toits sont végétalisés et les façades vont l’être également, les eaux de pluies sont tamponnées sur le site dans des noues végétalisées.
LMEF – Quel a été le montant de l’investissement dans l’agrandissement ?
EJ – Nous avons investi 3,1 million d’euros, dont 1,9 M€ dans l’immobilier et 1,2 M€ pour l’atelier tortillas (incluant une subvention de 274 000 € du Fonds européen agricole de développement rural, NDLR). La fabrication des tortillas suppose une ligne de production spécifique car le process, qui nécessite une cuisson, est très différent. En fait, le seul point commun avec le reste de nos produits est le pétrin.
LMEF – Quelles sont les performances économiques de Biobleud ?
CJ – Nous employons une quarantaine de personnes à Ploudaniel (29), à une vingtaine de kilomètres de Landerneau. Notre chiffre d’affaires 2025 est de 10,2 millions d’euros. Nous sommes en progression de 10 % par rapport à 2024. Nous bénéficions de la reprise des ventes de produits bio.
LMEF – Comment expliquez-vous la réussite de l’entreprise ?
CJ – Elle vient de notre cohérence et de la continuité de notre stratégie. Nos valeurs sont celles de la bio : la santé, l’écologie, la précaution et l’équité. Depuis notre création, notre démarche RSE est notre stratégie. Les dimensions sociales, environnementales, notre réponse aux attentes consommateurs à travers nos recettes et les relations avec nos fournisseurs en découlent. C’est la raison pour laquelle nous sommes labellisés Bio équitable en France.
« L’ultra-transformation a fait perdre au consommateur le vrai goût des aliments »
LMEF – Votre engagement à écarter les ingrédients ultra-transformés, que traduit l’allégation « Ingrédients Simples conformes au cahier des charges Goûm » obtenue par vos tortillas, fait partie de votre réponse consommateur ?
CJ – Je pense qu’il y a une vraie attente même si les consommateurs ne savent pas toujours reconnaître la présence d’ingrédients ultra-transformés. L’ultra-transformation nous a fait perdre le vrai goût des aliments. Pour nous, lutter contre l’ultra-transformation est une évidence qui date de l’époque où Michel était aux commandes. Son objectif était de faire des produits bons pour les consommateurs, pour leur santé et pour la planète. Avec le plaisir des les voir revenir d’une semaine sur l’autre parce que ses galettes avaient bon goût.
LMEF – Dans quelle mesure la question du goût est-elle liée à vos autres engagements ?
CJ – Dans tous nos produits, nous ajoutons à notre farine de blé T65 un mélange de farines de blé complet, épeautre et seigle. Cela permet d’amener du goût et de la diversité dans l’assiette avec très peu d’ingrédients. Et par ricochet, cette recette apporte de la biodiversité dans les champs et permet les rotations de culture nécessaires en bio.
LMEF – Avec un approvisionnement local ?
CJ – Notre sourcing est français mais la Bretagne n’étant pas une grande région céréalière, nous travaillons principalement avec des coopératives bio du Nord de la France. Comme nous n’utilisons pas d’additifs ni d’améliorants, les blés que nous utilisons doivent avoir un profil protéique spécifique pour permettre à la pâte de lever et d’avoir la bonne consistance. La relocalisation est toutefois un chantier que nous avons ouvert. Nous avons commencé à travailler avec une coopérative bio bretonne afin de relocaliser progressivement nos approvisionnements.
Propos recueillis par
Olivier Costil


