Interview producteur : Benoit Gandon

Article mis en ligne par · 26 avril 2020

L’EPICURIEN : UNE PME AU CŒUR DE LA CRISE SANITAIRE

Créé en 1990 à Le Bosc (34), l’Epicurien s’est fait une place au soleil en produisant confitures, tartinables, confits pour fromages, aides culinaires, condiments à base de fruits & légumes. Benoit Gandon, directeur général de cette entreprise familiale forte de 28 collaborateurs a accepté de répondre à nos questions. Comment gère-t-il la crise sanitaire ? Quelle est son analyse, sa vision de l’après-crise ?

LMEF – Comment fonctionnez-vous depuis le 17 mars ?

Benoit Gandon – Nous avons continué à travailler avec à peu près 50% de l’effectif ; une partie de nos collaborateurs étant soit en arrêt maladie pour les plus fragiles, soit en arrêt pour garde d’enfants de moins de 16 ans. Nous avons malgré tout continué à produire et livrer nos clients. Mais il est clair que depuis le 16 mars nous avons surtout traité des commandes qui avaient été enregistrées avant – les commandes grands comptes et les commandes export- et c’est ce qui nous a permis de tourner. Le souci, c’est que nous avons produit ce qu’il fallait produire. Nous avons encore du travail sur cette semaine mais à partir de la semaine prochaine ça risque d’être beaucoup plus difficile. Il n’y aura pas suffisamment de commandes pour maintenir l’activité. Et comme nous nous trouvons dans une zone qui est un peu reculée, il nous reste pour pouvoir expédier que l’affrètement.

LMEF – C’est un sérieux problème de logistique…

B.G – Oui. Cela fait une bonne dizaine de jours que la messagerie de notre transporteur Gefco ne fonctionne plus du tout. Et l’affrètement représente un différentiel de coût que nous prenons à notre charge, même s’il est vrai que lorsque la commande est relativement importante ce différentiel baisse. Mais heureusement que tous les chefs d’entreprises se sont mobilisés au moment où les transports Stef ont voulu augmenter leur tarif de 8,5% Ce transporteur a dû renoncer à cette augmentation décrétée une semaine après le confinement, un manque d’élégance qui est mal passé.

« Les commerçants qui sont restés ouverts ont réalisé des chiffres proches de Noel »

LMEF – Parmi vos clients, avez-vous une estimation du nombre d’épiceries fines qui sont restées ouvertes ?

B.G – Oui, assez précise. J’ai posé la question dès la première semaine à mes commerciaux : les magasins sont fermés à 90 voir 95%. C’est assez dramatique… il y a beaucoup de commerçants qui ont eu peur, d’autres qui ont préféré se mettre en réserve pour des raisons économiques. Pourtant, d’après les informations qui me sont remontées du terrain, ceux qui sont restés ouverts les deux premières semaines du confinement ont réalisé des chiffres d’affaires proches de Noel. Bien sur, en adaptant les horaires d’ouverture, en assurant un service de livraison. Depuis, ça a un peu baissé mais ça continue à bien travailler.

Personne ne peut dire comment sera l’année

LMEF – Au niveau des normes de sécurité, apportez-vous des garanties supplémentaires à vos clients ?

B.G- Oui, nous avons écrit aux détaillants pour leur préciser que toutes les mesures d’hygiène qui devaient être prises en pareille circonstance l’étaient naturellement. Il n’y a aucun risque, tout ce qui est dans la palette en dessous du film plastique a été conditionné suffisamment en amont pour qu’il n’y ait aucune malchance que s’y trouve un virus. De notre côté nous sommes très vigilants et ne plaisantons pas avec des questions de sécurité concernant la santé de nos collaborateurs. Tous ceux qui ont représenté un risque ont été écartés…. Ce qui est une mesure de précaution indispensable.

LMEF – Continuez-vous à vous approvisionner en matières premières ?

B.G – Très peu : comme nous avons moins de commandes nous faisons très attention à limiter les coûts.

LMEF – Economiquement parlant, comment pensez-vous passer ce cap ?

B.G – Il est très difficile de se projeter : tout dépend du temps que cela va durer. Quand on regarde les résultats du mois de mars, on observe que les détaillants ont fait -40% et que les grands comptes ont fait quasiment – 70% de chiffre d’affaires. Heureusement, pour nous l’export s’est très bien comporté et au final nous avons une perte de – 16% de chiffres d’affaires sur le mois. Je pense que le mois d’avril va être beaucoup plus compliqué. Entre les commandes qui ne rentrent pas, le cash qui n’entre pas non plus – une bonne partie des commerçants qui sont fermés ne nous payent pas les factures en cours- il est prudent d’attendre pour faire un point. De notre côté nous continuons à payer les salaires mais nous risquons d’avoir nous aussi un problème de trésorerie. Comme je vous le disais tout  dépend du temps que cela va durer, non seulement chez nous en France mais aussi à l’étranger. Nous avons des commandes qui sont prêtes pour partir aux U.S.A, mais il nous a été demandé de ne rien expédier tant que ça ne va pas mieux chez eux ; aux Etats-Unis le virus qui a fait son apparition plus tard que chez nous est en train de faire des ravages. En résumé et pour le moment personne ne peut dire comment sera l’année, qui sont les clients qui vont s’en relever.

Propos recueillis par Bruno Lecoq