Maison Meneau

Article mis en ligne par · 27 avril 2020

Philippe Lassalle Saint-Jean : « 80% de notre clientèle a été fermée sur décision gouvernementale »

Producteur de boissons bio & premium (jus de fruits, sirop…) implanté en région bordelaise, la Maison Meneau est directement impactée par la décision gouvernementale qui a conduit les hôtels, cafés et restaurants à fermer leurs portes dès le 15 mars 2020.

LMEF – Pouvez-vous nous dire comment votre entreprise s’est adaptée au confinement ?

PHILIPPE LASSALE – On a fait le choix avec notre CSE de mettre en place toutes les consignes sanitaires afin de rassurer et protéger tout le monde, on a placé quasiment tous les collaborateurs qui le pouvaient en télétravail : nous ne sommes physiquement présents dans les bureaux au minimum pour faire tourner la boîte. Et encore, quand nous sommes sur place nous sommes chacun confinés dans nos bureaux respectifs, nous communiquons par visio et on n’accueille plus personne mis à part les chauffeurs. Notre personnel de production travaille de son côté sur la base d’un système de roulement qui permet de déjeuner sans croiser les collègues.

LMEF – Comment a réagi votre personnel ?

P.L – La première semaine 15% de nos collaborateurs ont décidé de faire valoir leur droit de retrait ; ils ont eu peur et ne comprenaient pas pourquoi on leur demandait de venir fabriquer des boissons non essentielles alors que le chef de l’Etat avait demandé à tout le monde de rester chez soi. Pour ce qui est des affaires, la première semaine nous étions toujours en hausse de nos ventes parce que la production correspondait à des commandes déjà passées : on livrait à 80% les commandes faites les 15 jours précédents. Et puis on a senti une très forte chute puisque 80% de notre clientèle a été fermée par décision gouvernementale : il s’agit des hôtels, restaurants, cafés…

LMEF – Outre les commandes non passées, est-ce que cette décision a eu pour vous d’autres conséquences ?

P.L – Oui, la première surprise c’est que la marchandise que nous avions livrée les deux premières semaines de mars a été soit refusée, soit non payée quand elle avait été acceptée. Nous ne nous y attendions pas ! Nous avions sur nos écrans un CA réalisé qui en fait était un CA d’impayés. C’est arrivé de la part de très beaux hôtels à la montagne qui ont été fermés du jour au lendemain mais aussi chez des grossistes qui faisaient 97% de leur chiffre avec l’hôtellerie-restauration.

LMEF – Avez-vous continué à produire ?

P.L – Oui, des pommes venaient d’arriver : on a pressé jusqu’à hier soir – le 17 avril – quasiment normalement. En revanche, nos ventes ont baissé : – 26% la deuxième semaine, – 42% la 3esemaine, – 46% la 4e semaine. Et nous allons clôturer la semaine qui s’achève à moins 60%. Quelques petites lumières dans ce contexte très difficile : Le commerce en ligne, qui ne représente pas beaucoup chez nous, a explosé et notre activité se maintient plus ou moins avec les commerces de proximité (-6%) et les magasins bio. Ce qu’il y a d’inquiétant c’est que nous pilotons à vue : j’ai donc pour ma part commencé à prévisionner une perte du CA de 30% pour 2020.

LMEF – Comment vous êtes-vous organisé financièrement ?

P.L – Cela fait 15 ans que l’on ne connait que des progressions, les banquiers nous ont rassuré, ils nous ont accordé les prêts garantis par l’Etat. Nous avons également bénéficié d’un décalage de 6 mois pour nos loyers professionnels et nous pouvons payer nos employés. 

LMEF – Est-ce que la période a malgré tout du bon ?

P.L – Ah oui : je prends mes repas avec mon épouse qui d’habitude ne me voyait pas beaucoup à ces heures, il n’y a aucun bruit dehors et je vais chercher mon pain à vélo, ce qui me fait le plus grand bien. J’en profite d’ailleurs pour offrir un flacon de solution hydroalcoolique à ma commerçante : nous avons commencé à en produire et nous l’offrons à toutes les personnes qui sont professionnellement exposées : personnel médical, commerçant. C’est notre bonne action en cette période de crise…

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