LA PETITE HISTOIRE DU PASTIS

Article mis en ligne par · 14 février 2020 ·
L’interdiction de la fabrication de l’absinthe, en mars 1915, a eu pour conséquencele dépôt, en 1918, de la marque Anis Pernod par le fils d’un industriel de l’absinthe Jules-Félix Pernod, installé à Montfavet, près d’Avignon. Il est le véritable inventeurde cette boisson résultant de l’aromatisation d’un alcool neutre avec des extraits d’anis vert, d’anis étoilé et de réglisse.

Mais c’est Paul Ricard, son concurrent marseillais, qui aura le trait de génie, en 1932, de faire apparaître sur l’étiquette le mot “Pastis”. La loi de prohibition de 1915 était très floue et le monde des spiritueux très actif. En 1920, l’État autorise à nouveau la production de boissons anisées inférieures à 30°, seuil porté à 40° en 1922. Une véritable frénésie s’empare du pastis dans toute la Provence. Jean Giono lui-même, en 1925, dans la Naissance de l’Odyssée, met en garde avec humour ses lecteurs à l’égard du voyage d’Ulysse, qui n’était, selon lui, que le fruit des divagations d’un pêcheur quelque peu “empégué” à l’heure du pastis, un poème de la galéjade et des banquets arrosés !

Grâce à son réseau de distribution structuré, Ricard devance bientôt Pernod, son rival, lorsqu’en 1938, un nouveau décret autorise la vente de pastis et autres boissons anisées à 45°. Pernod  qui avait créé le Pernod 40, sauta sur l’occasion pour lancer son Pernod 45 et prépara, en grand secret, un Pernod 51 dontle slogan était “cinq volumes d’eau + un de Pernod” lorsque éclata la guerre de 1939-45. Le 51 était prêt, mais le gouvernement de Vichy, dès 1940, estimant que la défaite était dûe en partie à “la France de l’apéro” décida d’interdire la consommation de toute boisson supérieure à 16° degrés. Les alcools forts étaient de toute façon réquisitionnés par l’occupant.

 La loi de 1940 ne fut partiellement abrogée qu’en 1951. Pernod profita de cette “libération” pour relancer la fabrication des Pernod 40 et Pernod 45 et mettre sur le marché son Pernod 51, en accord avec le millésime pour faire la nique à son concurrent “Ricard, le vrai pastis de Marseille”. La notoriété de cet apéritif fut telle que, dans les années 1970, Serge Gainsbourg, à la fois pour étancher une soif légendaire et faire un bon mot, avait coutume de lancer dans les bistrots de Saint-Germain- des-Prés : “Garçon, un 102”, c’est-à-dire un double 51. La formule a fait florès. Mais dans les années 1970, Paul Ricard décida, pour financer son circuit automobile du Castellet, de fusionner son entreprise avec son ennemi de toujours. C’est ainsi que naquit, en 1975, le groupe Pernod-Ricard. À côté de ces deux géants, Les Distilleries de Provence à Forcalquier, lançaient en 1990 le pastis Henry Bardouin, assemblage de 65 plantes aromatiques et épices, ouvrant la voie à une dizaine d’autres productions recensées par La Revue du Vin de France1. Belle occasion pour l’épicerie fine de diversifier son offre.

JEAN-CLAUDE RIBAUT

 

1 – www.larvf.com/,dix-anises-artisanaux-pour-redorer- le-blason-du-pastis,4518487.asp