Plus de deux siècles après sa fondation, l’Académie des beaux-arts ouvre ses portes à la gastronomie en accueillant Guy Savoy parmi ses membres. Une reconnaissance hautement symbolique qui marque une nouvelle étape dans la considération culturelle de l’art culinaire en France.

Sous la Coupole de l’Institut de France, l’événement dépasse largement la simple distinction honorifique. Il consacre un chef dont le parcours s’est imposé depuis plusieurs décennies comme l’un des emblèmes du rayonnement gastronomique français à travers le monde. Sacré à plusieurs reprises « Meilleur restaurant du monde » par le classement La Liste, Guy Savoy rejoint désormais une institution historiquement dédiée aux arts majeurs. Le symbole est fort. En 1825, Brillat-Savarin constatait encore avec ironie qu’il était « impossible » qu’un gastronome soit admis parmi les académiciens. Deux cents ans plus tard, la gastronomie trouve officiellement sa place au sein de l’une des cinq académies de l’Institut de France. Une évolution qui témoigne de la reconnaissance progressive de la cuisine comme expression artistique à part entière, mais aussi comme élément essentiel du patrimoine culturel immatériel français.

Une certaine idée de l’art de vivre français
Dans son communiqué, l’Académie des beaux-arts souligne d’ailleurs que cette élection vient saluer non seulement « l’un des plus éminents représentants de la gastronomie française », mais également un humaniste engagé dans le rayonnement international de la culture française. Une distinction qui dépasse ainsi le seul cadre culinaire pour mettre en avant une certaine idée de l’art de vivre français. Guy Savoy n’a pas caché son émotion au moment de son admission. Le chef a évoqué avec gratitude cette reconnaissance qui vient consacrer toute une vie consacrée à la cuisine et à la transmission. Pour lui, cette entrée sous la Coupole représente aussi une manière d’honorer l’ensemble des artisans, producteurs, pêcheurs, éleveurs et métiers de bouche qui participent chaque jour à la richesse de la gastronomie française.
Une nouvelle forme de légitimité culturelle
Au sein de l’Académie des beaux-arts, Guy Savoy rejoint la section des membres libres et succède au fauteuil précédemment occupé par Michel David-Weill. Il côtoiera désormais des personnalités issues de disciplines aussi diverses que la peinture, l’architecture, la gravure, la photographie, la composition musicale ou encore la chorégraphie. L’événement fut également marqué par la remise officielle de l’habit vert, conçu spécialement pour le chef. Réalisée par la maison de couture parisienne de la famille Lagerfeld, cette tenue intègre des broderies faisant discrètement référence à l’univers culinaire de Guy Savoy, comme autant de clins d’œil à son parcours et à sa vision de la cuisine.
À travers cette nomination, c’est toute la gastronomie française qui gagne une nouvelle forme de légitimité culturelle, cette consécration confirmant par ailleurs l’importance croissante accordée au patrimoine gastronomique français dans le paysage culturel contemporain.
@photos Edouard Brane
