
Le Syndicat national des entreprises de l’agroalimentaire biologique (Synabio) a dévoilé le 27 octobre sa feuille de route pour les années qui viennent, à l’occasion de ses 50 ans et de son assemblée générale. Fort du rebond des ventes de produits bio en France, il espère multiplier par deux la part du bio dans la consommation alimentaire d’ici trois ans en proposant notamment sur de nouvelles mesures de soutien. Avis aux candidats à la présidentielle…
L’objectif est ambitieux : porter la part du bio dans l’alimentation des Français de 5,8 % aujourd’hui à 12 % en 2030, puis 20 % en 2040. Ce cap que s’est fixé le Synabio, qui représente les transformateurs et grossistes bio alimentaires, est aligné sur la Stratégie nationale pour l’alimentation la nutrition et le climat (SNANC). Il suppose donc que les pouvoirs publics pérennisent leur soutien mais aussi que l’ensemble des circuits de distribution contribuent… Dans un contexte tendu.
Un marché qui repart, mû par le commerce spécialisé
Rappelant que la consommation a progressé de 15 % en quinze ans, le Synabio puise en partie son optimisme dans les derniers chiffres de l’Agence Bio. Selon ces derniers, le marché français des produits alimentaires biologiques a atteint 12,6 milliards d’euros, en hausse de 3,6 % en 2025. Soit une progression plus rapide que celle de l’alimentaire dans son ensemble à inflation comparable.
Le point de friction se situe toutefois dans les rayons de la grande distribution : les assortiments bio y ont reculé de 25 % depuis 2021, selon le Synabio. « Ces références en moins, c’est un lien perdu avec les consommateurs, des places en rayon parfois difficiles à reconquérir — et des débouchés en moins pour les agriculteurs », alerte Louis Pinot de Villechenon, délégué général du syndicat. En creux, c’est toutefois une opportunité pour les épiciers et magasins spécialisés, qui gardent leur légitimité de conseil là où les grandes surfaces déréférencent.
Des entreprises de transformation sous tension
Dans ce contexte tendu, le Synabio souligne la solidité de ses adhérents, qui comptent 204 entreprises de transformation et grossistes, générant quelque 14 000 emplois directs. Une étude menée avec la Banque de France dresse le portrait d’un tissu assez solide : 69 % des entreprises agroalimentaires bio ont plus de 12 ans, contre 40 % pour le reste du secteur. Le taux de résultat net moyen est de l’ordre de 2,5 %, selon Thomas Breuzet, président du Synabio. Une rentabilité qui reste toutefois inférieure d’un point à la moyenne des industries agroalimentaires (IAA), ce que l’on peut attribuer à la plus faible dimension moyenne des transformateurs bio.
De plus, la moyenne masquent des écarts : un tiers des transformateurs bio était en déficit en 2024, contre 25 % dans l’ensemble des IAA. Fragilisées par l’inflation, elles doivent surtout trouver les moyens de réinvestir. L’Observatoire des relations commerciales du Synabio chiffre la pression : en 2026, les transformateurs bio ont demandé en moyenne 3,1 % de hausse tarifaire et n’en ont obtenu que 1,6 %… Le tout dans un contexte d’approvisionnements qui se complique.
Les surfaces cultivées en bio ont en effet reculé de plus de 110 000 hectares en deux ans et l’été caniculaire de 2026 a creusé les tensions. « Les filières bio ont subi la même violence climatique et météorologique que les autres, si ce n’est qu’en sortant de deux années où elles avaient été fragilisées », résume Thomas Breuzet. Le syndicat rappelle néanmoins un atout : 72 % des produits bio consommés en France y sont produits, tandis que le secteur est par définition à l’abri des hausses du coûts des intrants chimiques — un pilier de souveraineté alimentaire.
Le Synabio pour un label officiel contre l’ultra-transformation
Pour traduire cette ambition, le Synabio a travaillé avec la Maison de la Bio sur un livre blanc de quatorze propositions à destination des candidats. Quatre le concernent au premier chef.
D’abord, la transparence : chaque enseigne de distribution et de restauration commerciale devrait publier sa part d’achats bio et une trajectoire de progression. Un diagnostic partagé, préalable à des objectifs par circuit, que le Synabio veut voir traduit en loi « sans délai ».
Ensuite, la qualité : généraliser le Nutri-Score, dont l’affichage obligatoire vient d’être rejeté par les députés, que viendrait compléter par un indicateur officiel de degré de transformation — un chantier où la bio a une longueur d’avance, avec seulement 57 additifs autorisés sur les plus de 300 recensés dans l’alimentation. « La bio ne protège pas de tout, mais elle protège de l’essentiel », plaide Louis Pinot de Villechenon, qui présente le label comme « le référentiel le plus solide » parmi les normes existantes. Selon lui, la qualité alimentaire doit s’apprécier selon trois angles : mode de production, qualité nutritionnelle et niveau de transformation.
Réserver une part de publicité pour le bio
Troisième demande : encadrer la publicité pour les produits alimentaires via l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) en réservant une part minimale du temps publicitaire aux produits de qualité, en particulier à destination des enfants. « Nous avons été capables de le faire à travers la loi sur la fast fashion ; nous devons pouvoir le faire à travers la publicité sur les produits alimentaires », argumente Thomas Breuzet. Une mesure, souligne le Synabio, qui se ferait à coût zéro pour l’État.
Enfin, le Syndicat appelle à la défense de l’intégrité du règlement bio européen, notamment sur les nouvelles techniques génomiques (NGT). « Il faut apporter la garantie qu’il n’y a pas de contamination des matières premières bio par ces nouvelles techniques génétiques », a détaillé Thomas Breuzet, qui appelle l’État français à veiller au maintien du niveau d’exigence à chaque révision réglementaire européenne.
Trouver le juste équilibre prix/marges
Reste l’accessibilité : le prix est le premier frein aux achats de produits bio pour près de six Français sur dix, selon le Baromètre de la Bio. « On ne peut pas faire que du prix, on ne peut pas non plus faire que de la marge : il faut que les différents maillons de la chaîne alimentaire arrivent petit à petit à bouger dans le même sens », résume Louis Pinot de Villechenon, qui prône une approche globale, de l’équilibre recherché par la loi Egalim à l’application de la loi sur les quotas de bio en restauration.
La filière bio a aujourd’hui atteint une certaine maturité, avec un tissu d’entreprises bien ancrées une demande qui repart et des représentants motivés. Reste à convaincre que le prochain quinquennat sera celui du passage à l’échelle.
