Un confinement vécu différemment par l’ensemble des commerçants

Article mis en ligne par · 12 novembre 2020

Qu’il soit favorable ou défavorable, le deuxième confinement n’est pas ressenti de la même façon que le premier chez les commerçants que nous avons réinterrogés pour faire un premier point sur la situation.

S’il y a plusieurs variables qui permettent d’expliquer ce ressenti, celle qui revient le plus c’est le confinement lui-même : il est jugé plus permissif, beaucoup plus de personnes circulent librement et prennent le temps de faire leurs courses du quotidien chaque jour et notamment en grandes surfaces. Partout les chiffres sont à la baisse par rapport au printemps dernier, mais pas forcément par rapport au mois de novembre 2019 même s’il encore trop tôt pour se prononcer. 

L’impact de l’antériorité

Quentin Gennequin

L’emplacement et l’antériorité des commerces permet également de comprendre la situation. Plus l’ouverture des commerces est récente -c’est-à-dire sans clientèle attitrée suffisante – plus ce deuxième confinement est dur à vivre. C’est le cas pour les Saveurs et Terroirs d’Opale, le commerce inauguré par Quentin Gennequin en plein premier confinement dans l’une des rues commerçantes (et piétonne) de Boulogne-sur-Mer. “Si au printemps dernier j’ai travaillé un peu avec les gens de la ville qui faisaient attention à ne pas sortir, ça n’est plus le cas. On a le sentiment que nous sommes confinés sans l’être, et les gens vont comme d’habitude dans les grandes surfaces.” Conséquence : après deux mois d’été très corrects, le commerçant constate une baisse de la fréquentation qui a débuté dès le mois de septembre. Il est donc inquiet, même s’il ne perd pas l’espoir de s’en sortir grâce aux commandes de coffrets cadeaux qu’il a pu recueillir auprès des comités d’entreprise. “Heureusement que j’ai ça, dit-il. Mais au lieu de me permettre d’engranger de la trésorerie, cela servira à combler les pertes.” Pour aider les commerçants de la ville, la mairie a mis en place achetezenboulonais.fr, un site marchand qui reprend les offres des commerces de Boulogne-sur-Mer qui le souhaitent. L’initiative est excellente et la prestation est gratuite pour les commerçants comme pour les clients qui peuvent profiter d’un système de livraison mis en place (gracieusement) par la mairie. 

Saveurs et Terroirs d’Opale : 6 rue Victor Hugo – 62200 Boulogne-sur-Mer
Tél. 03 21 87 11 95facebook.com/saveursetterroirsdopale/

Des interrogations 

Corinne Clouet-Lagarde

À Nantes où elle est installée depuis trois ans, Corinne Clouet-Lagarde attend également beaucoup de ses démarches initiées tant bien que mal auprès des comités d’entreprises. Lors du premier confinement, son épicerie La Catalane avait fermée du 21 mars au 10 avril. Le temps nécessaire pour prendre des dispositions, demander des aides. “Je suis placée dans un quartier un peu historique de la ville raconte la commerçante, c’est un quartier un peu bourgeois où la population est plutôt âgée. Elle sort beaucoup moins et j’ai donc une chute libre de la fréquentation.” Chute qui n’est pas encore compensée par le site de e-commerce qui a vu le jour il y a quinze jours. Bref, si elle ne perd pas le moral – “On n’a pas le droit de se plaindre par rapport aux autres commerçants” – Corinne Clouet-Lagarde s’interroge. Faut-il contracter un nouveau prêt auprès de la région ? Commander de quoi assurer un mois de décembre qu’elle espère salvateur ? Un tiers du chiffre est réalisé durant les fêtes de fin d’année ; va-t-elle jouer le tout pour le tout ? Autour d’elle, les producteurs la pressent de questions. Va-t-elle passer commande ? De combien ? De quoi ? “D’habitude pour les fêtes, je ne commande que du foie gras mi-cuit. Cette fois, j’ai pris davantage de conserves : j’avance doucement.” S’il se trouve parmi vous de vrais professionnels capables de la conseiller qu’ils n’hésitent pas !

La Catalane : 18 rue Franklin – 44000 Nantes – Tél. 02 51 82 47 72
facebook.com/LaCatalaneNantes

On veut y croire ! 

Elise Marion

À Longeville-les-Metz en Moselle, Elise Marion attaque elle aussi la troisième année pour son Épicerie de l’Instant. Elle est restée ouverte lors du premier confinement et elle avait pu augmenter un peu son chiffre d’affaires en adaptant son offre (ouverture d’un petit rayon primeur bio). “La différence, répond-t-elle lorsqu’on l’interroge sur le deuxième confinement, c’est qu’ici il n’y a pas de deuxième confinement : les gens circulent normalement. Les clients qui avaient pris l’habitude de venir pendant le premier confinement reviennent tout doucement mais la grande majorité a repris le chemin des grandes surfaces.” S’il y a moins de monde, la commerçante reste néanmoins optimiste en prévision du mois de décembre qu’elle pressent bon. “J’ai déjà une commande pour 90 coffrets cadeaux de la part d’une mairie nous dit-elle, et j’ai profité des dernières semaines pour créer mon propre site marchand. Je suis confiante.” 

Épicerie de l’Instant : 87 bd Saint-Symphorien – 57050 Longeville-lès-Metz
Tél. 06 16 32 42 92facebook.com/lepiceriedelinstant/

James E.

Confiance et optimisme (même relatif), c’est un sentiment partagé par le gérant du Panier d’Aimé à Montpellier. Son commerce qui était resté ouvert durant le premier confinement en adaptant les horaires d’ouverture, avait connu une baisse de chiffre d’affaires de l’ordre de 40 %. “La baisse sera moindre cette fois-ci nous dit James E. qui l’évalue aux alentours des 20 %. Et comme ce n’est plus le désert du printemps poursuit-il, qu’il y a un peu plus de passages en boutique (moins de demandes de livraisons aussi), nous avons gardé nos horaires habituels (de 9h30 à 19h).” Au Panier d’Aimé comme ailleurs, on s’interroge sur le mois de décembre. Les choix faits s’avèreront-ils payants ? “J’ai fait la quasi-totalité de mes commandes de fin d’année en épicerie sèche en août précise le commerçant. Je ne vais rien changer car les DLC sont longues. Soit on travaille bien et je serais armé pour répondre, soit on ne travaille pas et ce sera de la trésorerie dehors, mais non périssable.” Pour les produits frais – le caviar a déjà été commandé – le commerçant attend encore un peu pour passer commande. “J’ai envie d’être optimiste, dit-il. Car si nous voyons moins de clients, le panier moyen est plus élevé et on constate que les gens qui ont besoin de se faire plaisir prennent des produits plus chers.” 

Au Panier d’Aimé : 6 rue du Plan du Palais – 34000 Montpellier
Tél 09 83 29 98 62 – www.lepanierdaime.fr

Les gens veulent se faire plaisir 

Dominique Ferrero

Le constat est identique à La Maison Ferrero à Ajaccio où Dominique Ferrero a vécu un premier confinement particulièrement porteur en termes de chiffre d’affaires. “On sent que les gens ont envie de se faire plaisir.” Et même s’il est trop tôt pour tirer des conclusions, ce mois de novembre devrait lui aussi s’annoncer très prometteur. “Par rapport à ce que nous avons vécu au printemps, c’est complètement différent analyse cependant la commerçante. Les clients viennent faire leurs courses en boutique, ils se déplacent, il n’y a pas le stress du manque de produits. Les paniers sont plus remplis parce que les gens mangent plus à la maison, forcément. Je n’ai quasiment pas de demandes de livraison, j’ai plus de drive, ce qui veut dire que les gens sont à l’extérieur.” Mais ici comme ailleurs, on ne se hasarde pas à faire un pronostic pour les fêtes de fin d’année. “Habituellement, les gens se réunissent en famille et avant le 25 décembre, il y a quand même pas mal de réunions entre amis, d’apéros, de dîners à partir du 15… Si on ne peut pas faire tout ça cette année nous confie Dominique Ferrero, vont-ils continuer à faire les courses pour leur ménage ? Et ça sera bon pour les achats du quotidien. Mais vont-ils s’acheter des petites portions de foie gras ? Je suis en train de formaliser mes dernières commandes et c’est un vrai casse-tête.” La commerçante a d’ores et déjà divisé par deux les quantités de produits destinés aux achats cadeaux de dernière minute : ballotins de chocolats, friandises. Comme variable d’ajustement, elle se réserve la possibilité de se fournir auprès des artisans locaux qu’elle a de toute façon déjà privilégiés pour cette fin d’année un peu particulière.  

Maison Ferrero : 4 bd Madame – 20000 Ajaccio
Tél. 04 95 21 30 75www.maisonferrero.com

À Paris, ce n’est plus l’euphorie du printemps 

Pascal Mièvre

À Paris, à L’Épicerie Fine Rive Gauche, Pascal Mièvre se pose également la question de savoir ce qu’il sera possible de faire à la fin de l’année. Quelles seront les restrictions ? Sera-t-on autorisés à se réunir entre amis ou en famille, à combien de personnes ? “Pour le moment nous travaillons bien, dit-il. On travaille mais ça n’a rien à voir avec avec l’euphorie du printemps où les gens étaient confinés mais il faisait beau et jour plus tard. Durant le printemps on a travaillé ++, là on travaille + analyse-t-il, en reconnaissant s’ennuyer un peu en fin de journée, à partir de 17h30 pour être précis. Il reste cependant confiant pour les fêtes de fin d’année parce qu’il sait que “les Français auront toujours envie de se faire plaisir autour d’une bonne table.” Il est en revanche moins confiant pour les paniers gourmands et l’alimentation cadeau du mois de décembre. “Si les gens sont bloqués dans leurs déplacements, ils vont moins en faire. Nous vendrons toujours des truffes, du caviar, du saumon et peut-être un peu plus car, pour éviter les contaminations, les Parisiens partent moins. 

Épicerie Fine Rive Gauche : 8 rue du Champ de Mars – 75007 Paris
Tél. 01 47 05 98 18 – facebook.com/epiceriefinerivegauche/

André Terrail

Optimisme et combativité animent enfin André Terrail, le dynamique propriétaire de La Tour d’Argent où les ventes de coffrets cadeaux – une des spécialités de la maison – devraient être équivalentes à l’an passé. Le restaurateur vient par ailleurs d’annoncer – en plein confinement – l’ouverture d’une épicerie fine au 13 quai de la Tournelle ! “On l’a appelée La Petite Épicerie de la Tour parce que c’est une petite boutique avec environ 20 m2 de surface de vente. Et comme j’ai bien compris les règles du monde de l’épicerie fine nous dit André Terrail : il faut que ce soit riche, donc ça va l’être !” La clientèle y retrouvera ce qui constitue l’univers de La Tour d’Argent avec une centaine de vins sortis de la prestigieuse cave maison et des coffrets cadeaux qui seront réalisés sur place et sur-mesure. Compléteront cette offre : du café en grains et moulu sur place – “Le même que celui que nous servons à La Tour d’argent” -, des thés et des infusions en vrac, des mélanges d’épices dont certains ont été réalisés dans les cuisines du restaurant, à l’instar des sauces maison également vendues sur place, des chocolats, confiseries, des fromages de Laurent Dubois et – c’est original – des canards frais de la Maison Burgaud.

La Petite Épicerie de la Tour : 13 quai de la Tournelle – 75005 Paris

Bruno Lecoq
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