Fondée en 2010 par Cécile Boussarie, Fine l’épicerie a traversé les années en faisant évoluer son offre au rythme de la conjoncture et des habitudes d’achat de sa clientèle, majoritairement locale. Entretien avec la gérante.
Le Monde de l’Épicerie Fine – Pouvez-vous nous retracer votre parcours et nous expliquer pourquoi vous avez choisi d’ouvrir Fine l’épicerie, rue de Belleville ?
Cécile Boussarie – Avant d’ouvrir Fine l’épicerie, j’étais artisane dans l’encadrement d’art, rue de Tourtille dans le 20e arrondissement de Paris, une rue perpendiculaire à la célèbre rue de Belleville. La crise financière de 2008 a fini par fortement impacter mon activité. Étant mère célibataire avec deux enfants, j’ai alors cherché à me reconvertir dans un secteur d’activité qui m’animait. C’est ainsi que je me suis tournée vers l’épicerie fine.
Mon activité a débuté dans mon ancien atelier. Un an plus tard, un local de 55 mètres carrés s’est libéré rue de Belleville. J’ai saisi l’opportunité et racheté le bail. C’est alors que Fine l’épicerie a vu le jour. J’avais à cœur d’installer mon commerce de bouche dans le quartier Bas-Belleville, beaucoup moins convoité et concurrentiel que le quartier de Jourdain, situé en haut de la rue de Belleville.
LMEF – Pouvez-vous nous présenter votre offre ?
C.B. – Je propose une offre singulière construite avant tout autour du goût et de mes découvertes. La charcuterie et les fromages proviennent de France, d’Italie et d’Espagne et représentent les deux pôles les plus importants de la boutique. Je présente également des thés de chez Compagnie & Co, des épices de Terre Exotique, du chocolat (Meurisse, Marou), des glaces La Tropicale, des sardines de La Perle des Dieux, des terrines de viande et de légumes, des biscuits apéritifs, etc.
La cave occupe une place centrale, avec quasi exclusivement des vins nature. Le champagne fait figure d’exception, car les champagnes nature restent souvent trop onéreux et ne correspondraient pas au pouvoir d’achat de ma clientèle. Je propose aussi quelques bières artisanales locales et des spiritueux mais cela reste anecdotique en comparaison de mon offre de vins. J’aime mettre en avant des vins produits par des femmes, non pas par démarche militante, mais parce que les femmes vigneronnes apportent souvent une approche et une sensibilité différentes qui enrichissent la diversité des vins proposés. Plus globalement, je préfère éviter l’uniformité des vins conventionnels : je cherche avant tout à faire découvrir des personnalités, des terroirs et des savoir-faire singuliers. Je suis guidée par le goût, jamais par les tendances. Je présente aussi une sélection non alcoolisée notamment de jus de fruits soigneusement choisis.
J’ai goûté tous les produits que je présente en rayon. C’est essentiel pour moi car je veux pouvoir parler aussi bien du goût que des humains qui se cachent derrière chacun d’eux. Avec beaucoup de producteurs et de vignerons, nous entretenons des relations fidèles depuis des années, et certains sont devenus des amis. Cette dimension humaine fait pleinement partie de la philosophie de la boutique.
Enfin, j’ai progressivement développé un coin cuisine afin de proposer une petite restauration maison. J’y prépare des sandwichs à la demande généreux, gourmands et volontairement loin des standards habituels, avec des recettes qui évoluent selon les arrivages et les saisons. Cette offre rencontre aujourd’hui un beau succès.
LMEF – Quelle part du chiffre d’affaires représente l’offre de petite restauration maison ?
C.B. – Aujourd’hui, cette offre du midi a une clientèle fidèle et représente environ 40 % du chiffre d’affaires. Il est courant que les clients doivent faire la queue à l’heure du déjeuner. Étant donné que je prépare les sandwichs minute devant le client, avec du pain du jour et des produits frais de qualité, le temps d’attente est toléré (sourire). Cette offre de petite restauration permet vraiment d’éviter le gaspillage en utilisant les produits de l’épicerie avant leur date limite.
LMEF – Avez-vous observé une évolution des comportements de consommation ces dernières années ?
C.B. – Absolument. Cela a été particulièrement significatif post-pandémie de la Covid-19. Le changement le plus marquant concerne les samedis : autrefois très dynamiques, ils sont aujourd’hui irréguliers, parfois même moins bons que les lundis. Beaucoup de Parisiens arbitrent leurs dépenses et privilégient les loisirs à l’alimentation fine. Il faut aussi composer avec la concurrence permanente de la grande distribution qui influence également sur les habitudes de consommation. Avant, j’avais toujours quelqu’un avec moi en boutique. Depuis près de deux ans, je travaille désormais seule.
LMEF – Qui sont vos clients et comment en attirez-vous de nouveaux ?
C.B. – Ma clientèle est majoritairement composée d’habitants du quartier ou de personnes qui travaillent dans le secteur. Les résidents viennent plutôt pour l’offre de fromages, de charcuteries et de produits fins, tandis que les travailleurs fréquentent davantage l’épicerie pour l’offre de petite restauration. Je collabore depuis trois ans environ avec les plateformes de paniers de fruits et de légumes Potager City et Bene Bono : l’épicerie sert de point de collecte. Cette initiative attire une nouvelle clientèle, tout en constituant une petite source de revenus. C’est un bon compromis.
LMEF – Quelle place occupe la dégustation chez Fine l’épicerie ?
C.B. – Depuis que je suis seule en boutique, je manque considérablement de temps pour organiser des rencontres entre mes producteurs et mes clients, ce que je faisais beaucoup auparavant. Bien évidemment, je propose des dégustations spontanées, notamment pour le fromage et la charcuterie, une pratique absolument essentielle dans ce métier.
Propos recueillis par Laura Margis
Fiche technique
Date d’ouverture : septembre 2010
Nom de la gérante : Cécile Boussarie
Surface de vente : 55 mètres carrés
Nombre de références : environ 500
Nombre de personnes sur la surface de vente : 1
Fine l’épicerie
30 rue de Belleville
75020 Paris
09.81.17.95.88
Facebook : @Fine L’epicerie de Belleville
Instagram : @finelepicerie
