Le 12 mai 2026, à l’issue d’une visite de l’élevage laitier de Bruno Martel, président de L’Agence Bio, la ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, Annie Genevard, a voulu réaffirmer « l’engagement de l’État en faveur de la filière agriculture biologique ».
Après la visite, la ministre a tenu à rappeler dans un communiqué que « l’agriculture biologique est une priorité pour le ministère », précisant : « aucune décision de suppression de L’Agence Bio n’a été prise ». Ces déclarations affichent une volonté d’apaisement après des mois de tensions entre les pouvoirs publics et les acteurs de la filière.
L’Agence Bio sanctionnée malgré le soutien de la filière
Dès janvier 2025, un amendement sénatorial porté par sénateur Laurent Duplomb (LR) proposait de supprimer l’Agence Bio, une idée initialement approuvée par Annie Genevard avant d’être bloquée en commission mixte paritaire. Puis en mai 2025, l’Agence Bio subissait des réductions drastiques de son budget : 15 millions d’euros de crédits supprimés, dont 5 millions initialement prévus pour la campagne « C’est bio la France ! ». Le Fonds Avenir Bio, essentiel pour structurer les filières, voyait son budget divisé par deux, passant de 18 à 8,7 millions d’euros.
La tension a encore monté en novembre 2025, lorsque le ministère a annoncé le non-renouvellement de Laure Verdeau à la direction de L’Agence Bio, malgré un bilan jugé positif par les professionnels, qui ont unanimement soutenu cette dernière. « Elle avait presque doublé le budget de l’agence sous son mandat. Et elle a eu le courage de rendre la bio très visible. On ne vire pas la directrice d’une agence qui fonctionne et progresse… », avait déclaré Loïc Madeline, coprésident de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). Son licenciement, toujours en cours, a cristallisé les inquiétudes quant à l’avenir de l’institution.
Les déclarations rassurantes n’effacent pas les doutes
Puis, en janvier 2026, la feuille de route gouvernementale sur la simplification de l’action publique mentionnait explicitement la suppression de l’Agence Bio parmi les pistes envisagées, avec une intégration possible dans France Agrimer ou l’Inao. « La trajectoire est claire : après avoir coupé les moyens puis la tête, on s’oriente vers un démantèlement de l’institution », avait alors réagi le Synadis Bio, le syndicat des magasins spécialisés bio, dans un communiqué.
Le dernier communiqué du ministère éloigne cette perspective redoutée par les professionnels. Pourtant, les acteurs de la filière restent prudents, voire sceptiques. Les annonces du ministère, bien que rassurantes, ne répondent pas à toutes leurs préoccupations. Le budget alloué à l’Agence Bio reste en effet divisé par 2,5 depuis 2021 et les 800 000 euros supplémentaires pour la campagne « C’est bio la France ! » sont loin de compenser les 15 millions d’euros initialement prévus…
Les agriculteurs et distributeurs bio insatisfaits
Les acteurs de la filière ont multiplié les prises de position pour exiger un soutien ferme à l’agriculture biologique. Dès février 2026, le Synadis Bio a officiellement quitté les instances de l’Agence Bio, dénonçant un « contexte actuel (budget amputé, gouvernance fragilisée, absence de direction) ne permet plus à l’Agence Bio de remplir efficacement sa mission » De son côté, la Fnab dénonce les ambiguités d’une politique qui prétend soutenir la bio sans s’en donner les moyen. La Fnab juge notamment « insuffisants et mal adaptés aux besoins spécifiques des producteurs bio » les réallocations de crédits d’aide à la conversion bio non utilisés aux chapitre des Mesures Agro-Environnementales et Climatiques(Maec). Sur près d’un milliard d’euros d’enveloppe non distribuée, 10 % seulement ont été réalloués aux Maec.
La bio dans l’attente d’une stratégie claire
La bonne volonté apparente du gouvernement se heurte aux doutes que les actions passées et les silences persistants de son communiqué laissent planer. Si le maintien de L’Agence Bio est une bonne nouvelle, les acteurs attendent des gestes concrets. Si la consommation de produits bio redémarre, les conversions d’exploitations agricoles en bio se réduisent et le nombre de transformateurs recule. « La filière a besoin de moyens réels, d’une gouvernance solide et d’une stratégie claire » avait expliqué Éric Natali, président d’Accord Bio, en février 2026. Une position toujours d’actualité, alors que le blocage du Détroit d’Ormuz perturbe les approvisionnements en engrais chimiques, rendant les questions de souveraineté alimentaire plus prégnantes que jamais.

