Trois analyses récentes sur la consommation alimentaire des séniors viennent de rappeler les enjeux du vieillissement de la population pour les marques et les enseignes. FranceAgriMer a compilé les données de consommation 2007-2024 des 65 ans et plus, le Crédoc publié une étude sur leurs comportements alimentaires et le consultant Sylvain Zaffaroni un « brief stratégique » sur les attentes des boomers (plus de 55 ans) qui rappelle que cette génération est un coeur de clientèle à séduire autant que fidéliser pour l’épicerie fine.
Un marché clé pour le segment premium
En 2026, les plus de 65 ans représentent 22 % de la population française selon FranceAgriMer et cette part atteindra 30 % d’ici 2070. Leur poids économique est tout aussi significatif : leur patrimoine immobilier, leur épargne et leurs pensions leur offrent une stabilité financière qui se traduit par un budget alimentaire résilient, même en période d’inflation. Ils représentent déjà 45 % des dépenses alimentaires dans certains circuits de distribution, selon Kantar.
Or leur profil correspond parfaitement à « l’ADN » de l’épicerie fine. En effet, les séniors cherchent avant tout la qualité, l’authenticité et le plaisir. Selon le Crédoc, 34 % d’entre eux ont un profil alimentaire traditionnel, marqué par l’attachement aux produits bruts, aux recettes maison et aux circuits courts. Sylvain Zaffaroni confirme cette tendance en soulignant leur sensibilité aux produits locaux, aux savoir-faire artisanaux et à la transparence des ingrédients.
Leur rapport à l’alimentation se distingue aussi par un équilibre subtil entre santé et plaisir. Ils veulent manger mieux sans renoncer au goût, une attente que l’épicerie fine est particulièrement bien placée pour satisfaire. Les boomers, nés entre 1946 et 1964, refusent les discours anxiogènes ou médicaux. Ils cherchent des produits qui leur permettent de continuer à vivre pleinement, avec vitalité et autonomie.
Une préférence pour les magasins de proximité
Les séniors ne sont pas des consommateurs passifs. Ils sont exigeants, informés et prêts à investir dans des produits qui allient qualité, plaisir et sens. Leur attention aux ingrédients, aux méthodes de production et à l’origine des aliments en fait une cible privilégiée pour les marques d’épicerie fine.
D’autant qu’ils préfèrent les circuits spécialisés et de proximité. Selon FranceAgriMer, les séniors réalisent 28 % de leurs achats de fruits et légumes sur les marchés ou chez les primeurs, contre 24 % pour la moyenne des Français. Cette tendance se retrouve aussi dans leur appétence pour les produits bio, qui représentent 5 % de leur budget alimentaire, soit un point de plus que la moyenne nationale. Leur sensibilité aux signes de qualité comme les AOP, AOC ou Label Rouge est également marquée, ce qui renforce leur adéquation avec l’offre premium.
Des besoins spécifiques à l’écart des clichés
Cette attachement à une certaine tradition culinaire ne les empêchent pas d’exprimer des attentes plus modernes, en partie liées aux conséquences du vieillissement. Sylvain Zaffaroni insiste sur l’importance d’un packaging inclusif, avec des typographies lisibles, des ouvertures faciles et un design élégant qui ne stigmatise pas. Les séniors cherchent par ailleurs des produits faciles à préparer, à ouvrir ou à consommer mais sans compromis sur le goût ou l’authenticité. Les kits repas, les conserves haut de gamme ou les produits semi-préparés répondent à cette attente.
Pour autant, les séniors n’aiment pas entendre parler de prévention du vieillissement ou de produits « pour séniors ». Communiquer avec eux commande de leur prodiguer des messages doivent positifs, centrés sur le plaisir, la vitalité et la convivialité. Ils préfèreront par exemple des formulations telles que « pour continuer à profiter de la vie » ou le plaisir de bien manger »…
Les représentations visuelles ont aussi leur importance. Les images doivent montrer des séniors actifs, voyageant, cuisinant ou partageant des moments conviviaux. Les témoignages de clients séniors peuvent aussi renforcer la crédibilité et l’identification. Les canaux de communication doivent tels que Facebook, YouTube et les newsletters fonctionnent particulièrement bien auprès de cette cible, tout comme la presse spécialisée.
Plaisir et santé, coeur de la consommation alimentaire des séniors
Côté produits, plusieurs segments se dégagent comme particulièrement porteurs. Les aliments protéinés répondent à leur quête de maintien de la masse musculaire et d’énergie. Les boissons fonctionnelles séduisent par leurs bénéfices sur le microbiote, le sommeil ou l’hydratation. Les produits plaisir-santé, comme les chocolats noirs riches en cacao ou les biscuits aux céréales complètes, réconcilient gourmandise et nutrition. Enfin, développer une offre de kits culinaires premium, avec des ingrédients de qualité et des recettes simples, peuvent être un moyen de satisfaire leur attente de praticité et authenticité.
Un marché à défendre pour l’épicerie fine

Si les perspectives sont prometteuses pour l’épicerie fine, la concurrence se renforce. Les grandes surfaces et les acteurs du e-commerce commencent à s’intéresser à l’alimentation des séniors. Leur digitalisation croissante, avec 60 % des plus de 70 ans qui achètent en ligne, ouvre des opportunités à de nouveaux entrants.
Pour les marques premium, l’enjeu est d’intégrer leurs attentes dans l’offre globale, en misant sur des produits universels mais adaptés. Il faudra aussi veiller à maintenir un équilibre entre le positionnement premium et l’accessibilité des prix. Les séniors ne veulent pas « vieillir mieux ». Ils veulent continuer à vivre pleinement.
Sources :
Étude Crédoc :
Étude France Agrimer
