Épicure, le malentendu

Article mis en ligne par · 21 mai 2019 ·

Épicure, né en 342 avant notre ère, mort en 270, est un philosophe grec, fondateur en 306, de l’une des plus importantes écoles philosophiques de l’Antiquité, l’épicurisme.

Or, l’épicurisme souffre encore aujourd’hui d’un malentendu. Il serait par excellence une philosophie du plaisir, un hédonisme, et l’épicurien un jouisseur, au mieux un bon vivant, au pire un débauché. Or, s’il fait l’éloge du plaisir, c’est dans le cadre d’un ascétisme raisonné. Épicure soutient que tout ce qui existe est composé d’atomes indivisibles qui se meuvent arbitrairement dans le vide, mais peuvent se combiner pour former la matière. L’âme en particulier, comme le corps, ne serait selon lui, qu’un agrégat d’atomes appelé à disparaître après la mort, et non une entité spirituelle. Sa vision de l’éthique réside dans la recherche d’un souverain bien – le plaisir – défini essentiellement comme une absence de douleur.

À 35 ans, il vient s’installer à Athènes, y achète un jardin, qui devient le centre des études épicuriennes où il accueille ses nombreux disciples, écrit ses principaux ouvrages et ses lettres. Il est l’un des philosophes les plus prolixes de l’Antiquité avec plus de 300 ouvrages. Jalousé, controversé par les platoniciens, il sera accusé des pires débauches dont il se défend vigoureusement : “Ce n’est ni l’incessante succession des beuveries et des parties de plaisir, ni les jouissances que l’on retire des garçons et des femmes, ni celles que procurent les poissons et tous les autres mets qu’offre une riche table qui rendent la vie plaisante ; c’est, au contraire, un raisonnement sobre, qui recherche la connaissance exacte des raisons de chaque choix et de chaque rejet et repousse, les opinions qui permettent à la perturbation la plus grande de s’emparer des âmes.”

Le jardin d’Épicure

La vie qu’il mène dans son jardin, au milieu de ses disciples, est simple et frugale ; il est végétalien, mais mange à l’occasion du fromage. Selon l’un d’eux, “un verre de vin lui suffisait, et il buvait de préférence de l’eau.” Le jardin d’Épicure est pourtant passé pour un lieu de débauche, mais de telles accusations calomnieuses viennent de l’habitude des philosophes de lancer des anathèmes contre leurs adversaires. L’image d’Épicure est devenue celle d’un impie et d’un débauché, pire, d’un pourceau. Cette image sera
entretenue à Rome, lorsque le christianisme, sous Constantin 1er deviendra religion d’État de l’Empire.

Ses écrits seront presque entièrement détruits sous le règne de Théodose 1er (379 – 395), car en récusant l’au-delà et l’immortalité de l’âme, en plaidant pour une morale sans dieu, un monde de valeurs sans transcendance, l’enseignement d’Épicure fut considéré comme matérialiste, imperméable aux dogmes de la nouvelle religion. Cet autodafé fut tel que de nos jours, il ne subsiste que quelques fragments de l’oeuvre d’Épicure, rapportés par Diogène Laërce, biographe grec du IIIe siècle de notre ère : au total, seulement trois lettres et ses maximes capitales. Les Chrétiens ont atomisé son oeuvre.


Jean-Claude Ribaut