Le réemploi des emballages ménagers est porté en France par des obligations réglementaires toujours plus stricte et une demande sociétale croissante. Pourtant, entre les chiffres encourageants du dernier Baromètre économique du vrac et du réemploi des emballages, publié en mai 2026, et la récente liquidation d’Uzaje, pionnier du lavage industriel, la filière révèle ses contrastes : une dynamique réelle, mais encore fragile.
Le vrac se stabilise, le réemploi des emballages bondit
En 2026, le réemploi des emballages ménagers affiche une croissance notable, mais contrastée. Comme l’a souligné Clara Mottier, senior manager économie circulaire chez Deloitte et coauteur du Baromètre du Vrac et du Réemploi, lors d’une conférence le 26 mai dernier au salon reUse Expo (Paris), « la vente de produits en vrac se stabilise après la descente des dernières années. Le taux d’équipement des hypers et supermarchés en rayons de vente en vrac est désormais de 50 % après avoir connu un pic à 75 % ». Les données du Baromètre confirment cette tendance : 24,2 millions d’emballages (bouteilles, bocaux, seaux) ont été lavés et remis en marché en 2024, avec une progression de 45 % attendue d’ici la fin de l’année.
Mais cette dynamique reste inégale selon les circuits. Les 1 000 points de collecte d’emballages actifs en grandes et moyennes surfaces alimentaires témoignent d’une volonté d’agir, mais Anna Fernandez Rodriguez, directrice Réemploi chez l’éco-organisme Citeo, reconnait que « les capacités installées sont de 100 millions d’emballages par an, alors que 24 millions seulement sont nettoyés ».
Uzaje, ou l’échec d’un modèle encore trop fragile
L’annonce, fin mai 2026, de la cessation d’activité d’Uzaje témoigne des difficultés de la filière française du réemploi des emballages. Spécialisée dans le lavage industriel de contenants réemployables pour la restauration et l’agroalimentaire, cette entreprise de l’économie sociale et solidaire avait ouvert quatre sites en France et permis le lavage de plus de 20 millions de contenants, tout en créant 50 emplois locaux. Mais ces volumes n’ont pas été suffisants pour assurer la viabilité de l’entreprise. Et les incertitudes autour des calendriers et modalités d’application des objectifs réglementaires ont découragé les repreneurs potentiels. Après un appel à candidature infructueux en février 2026 et un redressement judiciaire en mars, l’entreprise a définitivement fermé ses portes le 26 mai.
Des taux de retour encore faibles en grandes surfaces

Plus généralement, les volumes d’emballages grand public consignés en circulation sont trop faibles pour convaincre un plus grand nombre fabricants de produits de grande consommation. D’un côté Anna Fernandez Rodriguez précise que « les taux de retours d’emballages réutilisables en grandes surfaces se situent dans une fourchette de 15 à 30 % selon les magasins », alors qu’ils atteignent 95 % en livraison à domicile. « Les industriels considèrent que le retour sur investissement n’est pas garanti, car ils ne sont pas sûrs que les consommateurs suivent », note Célia Rennesson, directrice de Réseau Vrac et Réemploi.
Anna Fernandez Rodriguez résume la situation : « Aujourd’hui, les acteurs se lancent sans avoir de certitudes sur la viabilité du réemploi à moyen et long terme. » Les emballages réemployables coûtent encore 5 à 15 fois plus cher que leurs équivalents jetables, et les industriels hésitent à investir. Célia Rennesson ajoute que « la loi fixe des objectifs de réemploi sans sanctionner ceux qui ne les atteignent pas », ce qui limite l’engagement des acteurs. Enfin, la logistique complexe et coûteuse, notamment pour la collecte en grande distribution, décourage de nombreux professionnels.
Faciliter les économies d’échelle, un impératif
Dans ce contexte, Célia Rennesson insiste sur l’importance de « cibler en priorité les canaux qui ont le plus de potentiel », comme la livraison à domicile ou le drive, où les taux de retour dépassent 90 %. Avec la gamme de bouteilles en verre R-Coeur, Citéo a par ailleurs investi sur la standardisation des formats d’emballages, incontournable pour bénéficier d’économies d’échelle. Seuls les grands industriels ont en effet les volumes suffisants pour se permettre d’appliquer la consigne sur leurs propres emballages « iconiques ». Reste à convaincre les autres producteurs de se couler dans le moule de contenant aux formes banalisées…
Pour Clara Mottier, « la vraie question n’est pas : « est-ce que le consommateur est prêt ? » mais : « est-on capable de construire des systèmes simples, cohérents et adaptés aux usages ? » » — un défi que la filière devra relever pour passer à l’échelle.
